‹ Cavour et l'unité Italienne (volume 3)Chapitre 243 sur 347 · M. de Talleyrand à M. Thouvenel, 9 mai · texte numérisé non relu

M. de Talleyrand à M. Thouvenel, 9 mai

prose devenait jolie par son ironie : car, à Gênes, chaque badaud avait connu les détails de l'embarquement, et « les autorités locales » avaient envoyé leurs agents battre les buissons à l'ouest de la ville alors que le départ se faisait à Vest* ; sur mer, l'amiral Persano ayant demandé s'il devait « mettre obstacle à l'expédition ou la laisser passer », avait reçu de Cavour des instructions si volontairement ambiguës, qu'il répondit : « J'ai compris », et « laissa passer2 » ; au commandant Mathieu, gouverneur de Cagliari, le ministre mandait d'arrêter « l'expédition si elle prétendait descendre en Sardaigne », mais de ne « point l'arrêter en pleine mer » ; et au capitaine de vaisseau d'Aste, en rade de Palerme, il donnait ordre de ne se mêler de rien dans l'affaire3. C'est ce que la note delà Gazette appelait « poursuivre et empêcher ». Soudain une nouvelle arriva, imprévue et qui inquiéta Cavour. Les Garibaldiens s'étaient arrêtés au cap Telamon et y avaient débarqué un corps de troupes qui s'était dirigé vers la frontière pontificale. Garibaldi avait-il changé ses plans? Voulait-il tenter un coup de main sur Rome? Tentative singulièrement audacieuse, dangereuse, pour le gouvernement sarde, car elle risquait de le compromettre4 et d'entraîner une intervention armée de la France. Le premier ministre se fâcha, télégraphia à Ricasoli et aux officiers de la flotte sarde d'empêcher le débarquement en Toscane, d'arrêter et de conduire à Gênes les deux navires garibaldiens5. Ordres inutiles, car Garibaldi, s'étant aperçu qu'il

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