Macchi, cité par Zanichelli, p
venaient de sortir du port pour surveiller les côtes : profitant de l'occasion, Garibaldi précipita sur les quais la majeure partie de ses hommes, sous le regard amusé de deux navires anglais qui stationnaient pour la protection des intérêts britanniques; avisés, les vaisseaux napolitains arrivèrent en hâte et commencèrent le bombardement des bateaux garibaldiens — et de la ville par contre-coup. Les Anglais parlementèrent dans l'intérêt de leurs nationaux, ce qui permit aux volontaires de descendre sains et saufs avec leurs munitions. Alors les Napolitains coulèrent le Lombardo et s'emparèrent du Piemonle... vide1. Le général, habitué par ses campagnes d'Amérique à la gite?villa, jeta dans la campagne rocheuse ses troupes grossies de partisans siciliens, bouscula le 15 mai à Catalafini" les soldats napolitains, par d'habiles feintes et détours arriva le 21 devant Palerme alors que le gros de l'armée « bourbonienne » le cherchait au loin, lança ses hommes dans la ville, baïonnette au canon, les y maintint par une lutte de barricades, si violente que le commandant napolitain, Lanza, dut, sur les bons conseils de l'amiral anglais, convenir d'un armistice le 20 et finalement abandonner la ville à partir du 7 juin. A ces nouvelles, l'insurrection, mal étouffée, se réveilla dans l'île, et, sans nouveau coup férir, Garibaldi devint maître de la Sicile, sauf Messine et quelques autres villes dominées parleurs citadelles. Pendant qu'ainsi les Mille engageaient leur prestigieuse campagne, Cavour les protégeait de loin, tout en les surveillant. Au début de l'action garibaldienne, il était trop incertain du sort de celle-ci pour vivre autrement qu'au jour le jour.
■1. Orsi, L'Italie moderne, p. 263. Général Tiïrr (hongrois engagé dans l'expédition), Da Quarto a Marsala nel maggio del 1860 (1901).
i. A. Mario, l Mille, p. 39 etsuiv. Giacometti, L'unité italienne, p. 329. Trevelyan. Garibaldi and the Thousand, p. 295 et suiv.
« Sera-ce un bien, sera-ce un mal? C'était inévitable, écrivait-il à Ricasoli le 16 mai, qu'en ad viendra-t-il ? Il est impossible de le dire. » Et le lendemain à Cugia : « Nous voilà de nouveau en pleine mer, au milieu des bourrasques et des ouragans1 ». Il prit confiance à la mesure des succès du héros. La première chose était de lui envoyer des secours, hommes, armes et munitions : les généraux Medici et Cosenz étaient restés à Gênes pour préparer de nouvelles expéditions sous leur commandement2 ; ils trouvaient auprès du ministre de la Marine, — qui était Cavour, lui toujours, lui partout, — le plus bienveillant accueil et le plus efficace concours ; La Farina faisait sortir les fonds du « Million de fusils » et dénichait partout armes et cartouches ; le gouvernement sarde achetait, « pour la garde nationale du ro}raume », les fusils confiés aux soins de l'intègre Azeglio 3, et les envoyait à Gênes pour expédition en Sicile, et comme le plus complet désordre régnait dans l'île, comme le bouillant Garibaldi essayait vainement d'y parer en promulguant des décrets tirés de l'histoire de la Rome antique ou de la Convention française, Cavour fit partir La Farina pour la Sicile, dont il était originaire, afin de « voir à organiser un gouvernement régulier4 » ; on dira les difficultés et les avatars qu'il y rencontra. Le premier ministre s'efforçait d'ailleurs de satisfaire Garibaldi, de garder sa confiance et sa fidélité. « Continuez,
1. Cpr. Cavour à Nigra, 13 et 18 mai 1860. Bolléa, Vna Silloge, p. 250,
2. Luzio, Le spedizioni Medici-Cosenz, dans Garibaldi, Verdi, Cavour, p. 163 et suiv. Cpr. Contessa, Sulle armi inviale del conte di Cavour alla Rivoluzione dellltalia méridionale, dans le Risorgimento italiano, 1912.
H. Farini (min. de l'Intérieur) au gouverneur de Milan, 29 mai, 1er et 3 juin.
4. Cavour à Ricasoli, 3 juin 1860. La nombreuse correspondance de Cavour et La Farina recueillie aux tomes III et VI de Chiala, est des plus intéressantes.
écrivait-il à l'amiral Persano arrivé en rade de Palerme, à maintenir de bonnes relations avec Garibaldi, en cherchant à lui persuader que le roi et son gouvernement ont pleine confiance en lui1. » Car il craignait que Mazzini n'arrivât en Sicile pour prendre le général sous sa protection et sa direction ; s'il y venait, la marine sarde devait le cueillir à son débarquement et le conduire à Gènes, car « l'arrestation de Mazzini est un des plus grands services qui se puisse rendre à l'Italie2 ».
En même temps, il redoutait un coup de désespoir de la cour napolitaine, une déclaration de guerre qu'aurait amplement justifiée l'aide, maintenant reconnue, donnée par un gouvernement étranger et « ami » à ce qu'on appelait encore à Xaples une « bande de flibustiers ». Il recommandait donc à l'amiral Persano de préparer la flotte « à toute éventualité », et il terminait sa lettre par cette phrase, où est tout Cavour : « Je fais crédit à votre prudence, comme je suis certain que l'audace ne vous manquera pas, l'heure venue de l'action3 ».
Enfin il contenait les puissances étrangères. Du cabinet de Saint-James, quoiqu'il tentât de lui démontrer que « l'Angleterre et le Piémont n'ont à l'égard de la Sicile qu'un seul et même intérêt* », et qu'il eût désiré « un secours efficace », il ne pouvait guère espérer que des « sympathies platoniques b »j encore heureux d'être certain que le ministère anglais « se garderait bien » d'intervenir en faveur du gouvernement napolitain \ La conduite de la France était plus