‹ Cavour et l'unité Italienne (volume 3)Chapitre 246 sur 347 · E. d'Azeglio à Cavour, 1" juin · texte numérisé non relu

E. d'Azeglio à Cavour, 1" juin

Cavour. — m. 23

dangereuse ; il n'ignorait pas que le parti clérical, si influent aux Tuileries, était en fureur contre la politique sarde, que parmi les libéraux, beaucoup le trouvaient lui-même cauteleux, d'une duplicité éhontée, ayant « des façons d'intrigant1 » . La pensée intime de l'empereur demeurait inconnue. En présence des menaces de l'Autriche, des « semi-protestations de l'Espagne et de la Russie2 », il fallait jouer très finement avec les Tuileries : il n'y manqua point. Le baron de Talleyrand continuait à adresser ce qu'il appelait « ses justes remontrances » ; tandis que Victor-Emmanuel garantissait à M. de Stackelberg, ministre de Russie, « qu'il n'avait rien à voir dans tout cela », tandis que la Gazette officielle publiait la solennelle déclaration que l'on sait, le premier ministre prodiguait au diplomate français les bonnes paroles et les protestations de loyauté ; le 14 mai, il déclarait à M. de Talleyrand « qu'il verrait avec plaisir une intervention de la France et de l'Angleterre entre les insurgés siciliens et le gouvernement napolitain3 ». M. Thouvenel invita de suite l'ambassadeur de France à Londres « à lui faire savoir ce qu'en penseraient les ministres de la reine ». Lord John Russell répondit, sans se compromettre, « qu'à son avis on ne pourrait guère en ce moment avoir une opinion arrêtée à ce sujet, et qu'il valait mieux attendre que les événements eussent pris une tournure plus décidée ». Et M. Thouvenel, fort embarrassé, confessait qu'il était « porté à partager cet avis ». C'était aussi l'avis de Gavour. Car les jours passaient, les Garibaldiens achevaient la conquête de la Sicile et la diplomatie allait se trouver en présence du « fait accompli ».

1. Propos du prince Napoléon. Darirnon, Journal, 9 mai 1860. Gpr. le discours du prince au Sénat, 1er mars 1861.

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