Cavour à Ricasoli, 31 mai
3. Talleyrand à Thouvenel, télégramme du 14 mai 1860, 9 h. 50 soir.
Les victoires merveilleuses de Garibaldi avaient causé à Naples le plus complet désarroi. François II et ses conseillers ne comprenaient point que cette marche triomphale était la résultante de longues années d'un abominable gouvernement dans l'île, — que les soldats napolitains ne résistaient pas, n'ayant point confiance, — et que les populations se ralliaient au nouveau régime par horreur de l'ancien. Dans les cercles les plus officiels, jusque dans la famille royale, régnait un esprit de soupçon et de trahison, chacun croyant son voisin capable de tourner à l'ennemi, car prêt lui-même à trahir la dynastie; « tout cela est dégoûtant1 », écrivait plus tard le duc de Gramont, très averti des choses napolitaines. Un commandant de l'armée royale faisait déjà des « ouvertures » au capitaine de vaisseau sarde d'Aste, et Cavour, avisé, mandait qu'on lui promît « carrière brillante et assurée », ajoutant qu' « un pronunciamiento de la flotte napolitaine assurerait le triomphe complet de notre cause », et autorisant le commandant du Governolo à le « concerter2 ».
Au Palais Royal, les « conseils d'État et de famille » se succédaient3, où les ministres se disputaient abondamment, sans aboutir; dès lors, on parlait d'accorder une constitution, vieux remède déjà usé, tant le feu roi Bomba avait octroyé pour retirer, et, de loin, lord Malmesbury écrivait, sceptique :
1. Le duc de Gramonl à M. Thouvenel, 14 août 1SG0. Le Secret de l'Empereur, I, p. 177.