Cavour à Villamarina, 4 juin
3. Le baron Brenier à M. Thouvenel, 1" juin, télégrammes de midi et 6 h. 36 soir.
4. M. Thouvenel à MM: Brenier (Naples), et de Talleyrand, 5 juin, télégrammes, 4 h. 55 soir.
napolitain en fut fort ému, et délégua le commandeur de Martino a Paris pour obtenir des conditions moins dures ; le diplomate napolitain vit l'empereur le 12 juin en présence de M. Thouvenel ; l'entretien fut long, pénible, mais sans résultat; Martino repartit le 15, emportant une lettre de Napoléon à François II, qui, sous de vagues formules de sympathie, ne modifiait rien à la dépêche du 5 juin1. Xigra, qui l'avait lue, écrivait avec satisfaction : « La mission de Martino a complètement échoué ».
Cependant Cavour s'était bien gardé de refuser les propositions françaises. Dès que le baron de Talleyrand les lui eut communiquées, il répondit par ce billet : « Je crois que la France ne saurait proposer des bases de médiation plus convenables au roi de Xaples - » . Dans ses nombreux et « cordiaux » entretiens avec le ministre de France, il donnait au projet son approbation complète, il promettait de conseiller aux Italiens « de le prendre en sérieuse considération » ; lui-même s'abstiendrait « loyalement » de contrecarrer l'œuvre de médiation, à Londres, à Xaples ou à Palerme. Oncques ne vit-on homme d'Etat plus raisonnable et modéré ! Le baron de Talleyrand n'était point dupe de ces protestations, car il savait l'audace avec laquelle le premier ministre suivait sa voie. « S'il consent parfois à interrompre son hardi labeur, ajoutait-il, c'est que, toujours au service de la même idée, il comprend qu'elle peut être momentanément portée par des mains plus puissantes que les siennes. Aujourd'hui que l'Angleterre et Garibaldi suffisent à l'échec de la médiation,
1. Bianchi, Storia documentata. VIII, p. 297 et suiv., d'après la correspondance de Carafa. M. Thouvenel à M. Brenier. télégramme du 15 juin, 9 h. 15, lettre du 16; François II à Napoléon III, 5 juin, réponse de Napoléon III à François 11. 13 juin.
2. Talleyrand à Thouvenel, 6 juin 1860. Cpr. Cavour à Nigra, 9 juin 1860. Bolléa, p. 262.
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je suis parfaitement convaincu de la loyale abstention du président du Conseil1. »
Mais lorsque, quelques jours après, le ministre de France voulut obtenir un engagement ferme, le « serra de près », alors Cavour, l'air soucieux, répondit par des phrases entrecoupées, sans suite : « Que voulez-vous que je vous dise... Puis-je savoir ce que les événements m'imposeront, d'ici à deux jours, le devoir de faire ou de répondre... Mon Dieu! je ne suis que trop préoccupé de cette fâcheuse affaire... Ce n'est pas nous qui conspirons contre le roi de Naples, c'est tout le monde, la Presse de tous les pays, les dons qui affluent de toutes parts, le mécontentement qui règne dans tout le royaume de terre ferme, le peu de sympathie qu'inspire le roi à l'étranger, l'armée napolitaine par ses défaites, la marine par ses négligences. » Talleyrand, alors, lui donna communication d'un télégramme de Thouvenel, d'après lequel « lord Cowley disait que l'annexion de la Sicile à la Sardaigne lui paraissait aussi impossible que contraire aux vœux des populations ». Et Cavour de bondir : « C'est impossible... Sir James Hudson me dit exactement le contraire et c'est lui qui nous pousse à aller de l'avant et jusqu'au bout 2 ».
Cavour était excédé, car il était par ailleurs aux prises avec de graves difficultés, non dans le royaume sarde, car le Parlement lui donnait son ferme et confiant appui, mais en Sicile.
Enivré de ses victoires, l'expression est de Cavour, point organisateur ni homme de gouvernement, d'ailleurs tiraillé en sens opposés par ses proches, Garibaldi flottait dans ses opinions, variable, infixable : tantôt fidèle à Victor-Emma-
1. Talleyrand à Thouvenel, télégramme du 12 juin, 6 heures soir, rapport du même jour.