De Cesare, La fine di un regno, II, p
jours pour reprendre le merveilleux équilibre de son humeur » . Mais le 29 juin, lorsque le ministre de France vint traiter avec lui, il avait déjà préparé sa riposte; le diplomate avait reçu de M. Thouvenel ordre de se montrer ferme et pressant ; en cas de refus, « la Sardaigne assumerait aux yeux de l'Europe le rôle de champion et d'instigateur de l'unité de l'Italie,... la question changerait complètement de face1 ». A l'audition de ces belles paroles, Cavour se montra très conciliant, laissa percer « une sincère émotion » au récit des souffrances du roi François II, annonça qu'il avait télégraphié à Villamarina « de se tenir vis-à-vis du gouvernement de Xaples sur le pied d'une réserve bienveillante, d'écouter, sans repousser, les ouvertures qui lui seraient faites relativement à l'accord à établir entre les deux cabinets ». Seulement... seulement, la Sardaigne ne pourrait traiter avec les Deux- Siciles que sous trois réserves : pas d'alliance possible tant que durerait la guerre civile, — « moins d'intimité » entre les cours de Vienne et de Xaples, — se placer vis-à-vis de la cour de Rome sur un terrain plus analogue de façon que les deux monarchies italiennes y fissent entendre les mêmes avis2. Le malin homme d'État était certain que tous pourparlers trébucheraient sur ces réserves : car il poussait activement les révolutionnaires dans l'île, lui-même se faisait juge du « plus ou moins d'intimité » des deux cours, et il savait le temps que durent les négociations avec Rome.
Trois jours après, Talleyrand insista auprès de Cavour en présence des ministres de l'Intérieur et de la Justice : on lui répondit que le roi était à la chasse dans les Alpes, qu'on ne
1. Thouvenel à Talleyrand, 27 juin 1860, deux lettres, officielle et privée.
2. Talleyrand à Thouvenel, 30 juin 1860; un extrait au Livre jaune, 1860, p. 14o.
pouvait rien décider sans lui, qu'on l'avait engagé à ne pas prolonger son absence1. Et, quand revint Victor-Emmanuel, il s'offusqua de ce qu'on ne lui eût point communiqué par écrit les propositions napolitaines; lui-même ne pouvait agir sur Garibaldi et d'ailleurs, avant de traiter, il voulait que le cabinet de Naples s'engageât « à ne pas imposer aux Siciliens une solution par la force des armes- ». Pendant quelques jours, se livra ainsi une lutte de diplomatie : lord John Russell déclarait « fort modérée cette condition préalable exigée par le roi » ; M. Thouvenel objectait que, pour faire partie égale, la Sardaigne eût dû s'abstenir de secourir les révolutionnaires; Cavour télégraphiait à son représentant à Naples : « Tenez-vous plus raide que jamais3 » ; les relations s'aigrissaient entre le ministre sarde et l'envoyé français, celui-ci « ne croyant point devoir user de ménagements, ni faire grâce à son interlocuteur d'aucun blâme, ou d'aucune des sévérités ou des tristes prévisions qu'il lui était permis d'appeler à son aide », Cavour écoutant avec émotion et répliquant avec vivacité : « Si nous faisions ce qu'on nous demande, on nous jetterait par les fenêtres. La popularité du roi lui-même ne pourrait le couvrir... Personne ne croit au roi de Naples. Il fera ce qu'ont fait son père et son grandpère... Il faut que le roi (François) prouve la sincérité de sa conversion aux idées italiennes et la seule preuve à laquelle on se rendra, c'est l'abandon de la Sicile v » Et le cabinet de