Cavour à Villamarina, 7 juillet
4. Talleyrand à Thouvenel, 10 juillet 1860. Déjà Cavour avait dit au diplomate français cette belle parole : « Il est urgent de faire renaître la confiance entre le peuple et le souverain (de Naples), car sans confiance mutuelle, il n'y a pas de gouvernement constitutionnel qui puisse marcher. » A Thouvenel, 30 juin.
Paris se méfiait du Foreign Office, ayant relevé un désaccord flagrant entre les pacifiques déclarations faites à Londres et les conseils belliqueux donnés à Turin.
Dans le royaume de Naples, la situation s'aggravait : dans la capitale, tous conspiraient, à l'instar de M. le Préfet de Police; les lazzaroni eux-mêmes se remuaient et le ministre de France, l'aimable baron Brenier, était attaqué dans la rue, rossé d'importance1; dans la campagne, les ouvriers des grands domaines, des antiques latifundia encore intacts2, s'agitaient en émeutes agraires; et, en Sicile, Garibaldi reprenait les hostilités, marchait sur Messine, battait le 20 juillet à Milazzoles troupes napolitaines qui se réfugièrent dans la citadelle, mais serrées de près, durent la livrer, le 28, pour passer sur le continent. « Comment, écrivait Cavour avec force, arrêter Garibaldi dans sa marche triomphale, lorsque, avec une lâcheté sans exemple, on lui ouvre même la citadelle de Messine? Cette mesure prouve qu'à Naples il n'y a plus d'armée, il n'y a plus de gouvernement3. »
Telle était la triste situation du royaume napolitain, quand parurent à Turin, au milieu de juillet, ses deux délégués, M.MannaetlebaronWinspeare : c'étaient de bons diplomates, rompus à toutes les habiletés de la carrière, mais à quoi leur pouvaient-elles servir? Cavour ne savait quoi leur répondre; « de ma vie, confessait-il, je n'ai été dans un plus grand embarras4 ». Mais les événements travaillaient trop vivement en sa faveur, la diplomatie anglaise l'appuyait trop fortement pour qu'il restât longtemps dans l'indécision : « Laisser tom-
1. Le baron Brenier à M. Thouvenei, télégramme du 28 juin, lettre du 3 juillet. Le ministre de France avait été grièvement blessé à la tête de deux coups de canne plombée.