‹ Cavour et l'unité Italienne (volume 3)Chapitre 257 sur 347 · Cavour a Villamarina, 9 août · texte numérisé non relu

Cavour a Villamarina, 9 août

Les négociations continuèrent, mais sans aucune possibilité d'aboutir, et uniquement pour « amuser le tapis », comme écrivait pittoresquement le cardinal de Retz, qui s'y entendait. Cavour accueillait donc de manière courtoise les délégués napolitains, puis le baron Winspeare seul lorsque M. Manna se fût lassé de la duperie. Il recevait ensuite le baron de Talleyrand qui, prenant le rôle de Jérémie, prodiguait les plus noires prophéties sur l'avenir de l'Italie en général et du Piémont en particulier; à quoi le premier ministre répliquait avec philosophie : « Il n'3^ a pas autre chose à faire qu'à attendre les événements1 »; si bien qu'entre eux la conversation devint « d'une cordialité toute banale, ne roulant que sur des affaires sans importance2 ». Avec le ministre d'Angleterre l'entretien était plus intime, plus abandonné, car sir James Hudson favorisait ostensiblement la formation de l'unité italienne, reflétant avec exactitude l'opinion de son ministre3. Le représentant de la Russie, le baron de Stackelberg, trouvé trop italien par son gouvernement, se voyait adjoindre un acolyte, conservateur farouche. L'Espagnol, « petit cagnet (roquet) hargneux », au dire du facétieux Camille, aboyait quelques phrases légitimistes. Et le Prussien Saint-Simon se bornait à lire les dépêches de son chef, Schleinitz, qui, au fond, ressentait plus d'envie que de colère devant les audaces de la Sardaigne. « Quant à moi, ajoutait Cavour, je les laisse dire et je vais de l'avant v. » Telle était la diplomatie officielle.

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