‹ Cavour et l'unité Italienne (volume 3)Chapitre 259 sur 347 · Gavour à Nigra, 12 juillet · texte numérisé non relu

Gavour à Nigra, 12 juillet

4. Gavour à Villamarina, 30 juillet, 3 août; à Persano, 3 août 1860.

napolitain à déposer le roi, et il avait presque reproché au gouvernement sarde de manquer d'énergie révolutionnaire1 ; Cavour allait lui en montrer. Les trois cours du Nord protesteraient, mais le cabinet sarde répliquerait qu'il n'agissait que pour le rétablissement de la paix publique. Il était donc de toute urgence d'avoir à Naples une « bonne révolution » .

Le chef du cabinet sarde s'y activa pendant les premières semaines d'août, ayant pour lieutenants-conspirateurs ses deux agents officiels, le ministre de la Légation, Villamarina, et l'amiral de la flotte, Persano. A Naples, avec un gouvernement où chacun était prêt à trahir, il n'était pas difficile de trouver des affidés. Le plus facile à séduire était M. le Préfet de Police ; Cavour se mit donc en relations avec Liborio Romano, et lui proposa le plan suivant : l'amiral Persano se rendra en rade de Naples à la demande du prince de Syracuse et pour protéger la princesse, née de Carignan ; un navire sarde apportera des caisses d'armes que le Préfet fera débarquer, les armes seront distribuées à des hommes sûrs, et, la police aidant, l'insurrection éclatera; vraisemblablement le roi abandonnera la partie en s'embarquant sur un bâtiment anglais ou français ; Romano, « la meilleure tête du royaume », prendra la direction du gouvernement provisoire, ou bien le comte de Syracuse « comme enseigne » exercera la régence au nom du roi de Sardaigne, ou encore Persano s'emparera de la dictature2. Et ainsi la monarchie sarde sera installée à Naples, quand Garibaldi s'y présentera pour joindre modestement ses effectifs à ceux du roi.

Cette extraordinaire conspiration fut poussée plus loin

1. Nigra à Cavour, 13 et 14 juillet 1860. Luzlo, Garibaldi, Cavour, Verdi, p. 281 et suiv.

- Ce prodigieux dessein, qui n'a été révélé que peu à peu, est aujourd'hui entièrement connu ; mon récit est tiré des leltres de Cavour à Villamarina et Nigra, publiées par Bolléa, Una « Silloge », p. 297 et suiv.

Cavour. — m. 24

qu'on ne Fa longtemps cru : Cavour confesse qu'il avait d'un général, — Xunziante, — une lettre « qui le ferait fusiller si elle était publiée ». La flotte sarde s'était installée en rade de Naples, complétée de deux solides unités, ses équipages doublés et renforcés de bersaglieri ; Cavour donnait presque journellement ses ordres à l'amiral et il les résumait dans cette formule lapidaire : « Aider la révolution, mais faire en sorte qu'en face de l'Europe elle apparaisse comme un acte spontané1 ». Mais quelques défections se produisirent, d'hommes prudents qui attendaient pour se tourner vers le Sarde que le Bourbon fût parti... avec ses gendarmes. Et Cavour de s'indigner : « La conduite des Napolitains est dégoûtante2 ». Il n'y eut de mouvement qu'en province, dans la Basilicate surtout, où le drapeau tricolore fut hissé aux cris de : « Italie et Victor-Emmanuel ». Mais la capitale seule importait dans le projet de Cavour, et, malgré les efforts des agents sardes, Visconti-Venosta, Mezzacapo, Finzi3, elle ne se souleva point. Garibaldi était descendu en Calabre. Le 29 août, Cavour écrivait : « Il est trop tard pour empêcher Garibaldi d'arriver à Naples et d'y être proclamé dictateur ». Le lendemain, renversant ses desseins, il donnait de nouvelles instructions à l'amiral : « Il faut se mettre franchement d'accord avec Garibaldi tout en tâchant d'avoir l'escadre et les forts entre nos mains'' ».

Dès le début d'août quelques volontaires s'étaient glissés en Calabre : dans la nuit du 19 au 20 août, Garibaldi passa le détroit près de Reggio % et, dans une chevauchée impétueuse,

1. Cavour à Persano, 9 août 1860. Cf. Persano, Diario, p. 125 et suiv.

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