‹ Cavour et l'unité Italienne (volume 3)Chapitre 26 sur 347 · Bersezio, II regno di Vittorîo-Emanuele , VI, p · texte numérisé non relu

Bersezio, II regno di Vittorîo-Emanuele , VI, p

2. Chiala, Le collere e i bronci del Conte di Cavour, dans les Lettere, t. II, 411 et suiv.

3. « 11 m'aurait assassiné, s'il avait pu », disait un peu plus tard Mazzini. « Cavour déteste Mazzini. écrivait la marquise Pallavicini. En me parlant de lui, il a ajouté : celui-ci doit être fusillé sans pitié.» F. Quintavalle, Un nuovo documento delta politica del Conte di Cavonr, dans la Revue II Risorgimento, 1909, p. 553. — Cpr. Rattazzi à Guglianetti, -'4 juillet 1857, dans Salsotto, Lettere inédite..., Il Risorgimento, 1910, p. 655.

4. Cavour à Villamarina, 8 et 9 juillet 1837; Gramont à Walewski, 7 juillet 1857.

l'homme, qui demeura infructueuse malgré l'arrivée des plus fins limiers parisiens. Cette rancœur avait ses raisons, justes et nombreuses : la folle aventure de Mazzini venait au travers de toute la politique ministérielle; à l'intérieur, elle repoussait le pays vers l'extrême droite, qui s'en indignait et en attribuait la responsabilité au cabinet; à l'extérieur, elle compromettait Cavour, et déjà ses adversaires, autrichiens ou autres, demandaient avec douceur s'il était « dupe ou complice » ; elle risquait surtout d'alarmer le gouvernement français, de le rendre sceptique sur les nouvelles tendances du nationalisme italien, de relâcher l'alliance indispensable.

Là, le danger était sérieux. Le comte Walewski, peu favorable au Risorgimento italien, redoutait la contagion de l'exemple et que les conspirations se propageassent d'Italie en France; il s'énervait, criblait d'annotations au crayon les dépêches de son ministre à Turin et le 6 juillet télégraphiait à celui-ci : « Le gouvernement sarde doit savoir que Mazzini est à Gênes. Il est l'instigateur de tous les complots qui se trament contre la vie de l'empereur. Si le gouvernement sarde ne trouve pas moyen de l'arrêter, on l'accusera de connivence ou d'incapacité. Dites-le à celui-ci1. »

Cavour protestait que « le gouvernement faisait tous ses efforts pour s'emparer de Mazzini et le livrer à la justice du pays. Il ne mettait pas en doute qu'une fois pris il serait condamné et pendu. » Lui-même s'efforçait de réduire l'incident à sa juste portée, exposant, avec exactitude, que le complot avait été découvert à temps, que Mazzini n'avait fait aucune recrue dans le fond même de la population génoise, qu'en

1. Télégramme chiffré de Walewski à Gramont, 6 juillet 4857. Le télégramme émane évidemment du ministre même ; une pareille mise en demeure se retrouve dans une dépèche officielle du lendemain, de la main de M. Feugères, mais adoucie, en style diplomatique.

Piémont « il n'y avait eu qu'un cri d'indignation dans la Chambre et dans le public », que la police agissait et que la justice frapperait les coupables avec toute la sévérité des lois1. Il ne pouvait se méprendre sur le mauvais effet produit par cette échauffourée : parmi les modérés, on trouvait débile et aveugle l'administration de l'Intérieur, et quelques-uns conseillaient à Cavour de se débarrasser de Rattazzi; en France, le quai d'Orsay n'abandonnait pas « l'opinion que la tolérance du gouvernement (sarde) avait favorisé les tendances mazziniennes en Piémont et en Italie, et rendu plus redoutables les menées du parti révolutionnaire2 ». D'autant que de nouveaux incidents se produisaient : Mazzini, à l'abri, protestait hautement de la pureté de ses intentions, et que les « assassins » de Gênes, c'étaient Cavour, ses sbires et ses juges. Le gouvernement de Naples traitait avec tant de dureté les passagers du Cagliari, même ceux étrangers au complot et qui en étaient les premières victimes, que le cabinet sarde devait prendre leur défense ; le ministre napolitain, Caraffa, répondit brutalement que personne n'avait le droit d'intervenir « et moins que tout autre le représentant d'un gouvernement qui n'avait pas su sauvegarder sa propre dignité en empêchant l'attentat dont ses nationaux avaient à souffrir ». Cavour rugit sous l'outrage, ordonna à son représentant de rendre la lettre à Caraffa, et quelques semaines après obtint la mise en liberté des pauvres voyageurs3.

Le temps fît son œuvre; le cabinet de Paris se calma, se contentant de gémir sur les abus de la presse sarde ; l'empe-

1. Cavour à E. d'Azeglio, 6 juillet; à Villamarina, 8 juillet etsuiv.; Gramont à Walewski, 7 juillet 1857.

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