Cavour à Villamarina, 8 août
3. Gramont à Walewski, 20 août; le prince de la Tour d'Auvergne à Walewski, 3 novembre 1857.
Cavour. — m. 3
reur envova à la fin d'août son cousin Napoléon en Savoie pour l'inauguration des travaux du Mont-Cenis et ce voyage, produisit « un heureux effet » . Débarrassé de ce grave souci, Cavour se reprit à travailler au progrès du mouvement national, auquel une récente organisation donnait un nouvel élan.
Les Italiens, plus encore que les Français, autant que les Anglais, sont aptes à former ces grandes associations politiques qui ont une profonde influence sur la destinée des nations. J'ai déjà dit quelle influence la Société agraire exerça en Piémont à partir de 1842, combien elle favorisa le développement du sentiment national et la recherche d'institutions libérales1. Il était à prévoir qu'une idée si féconde serait reprise au lendemain du Congrès de Paris, alors qu'on sentait dans l'Italie entière monter l'appel à la solidarité nationale.
Le premier dessein en était dû à Manin (on le retrouve dans toutes les initiatives de cette époque), qui avait fondé à Paris un groupement des Italiens réfugiés en France et désireux de travailler en commun au salut de leur patrie. Le projet fut repris, au milieu de 1846, par un homme de grande foi, La Farina. Né à Messine, celui-ci avait pris part à tous les mouvements de la Sicile, s'était réfugié à Paris, était revenu dans l'île lors de la révolution de 1847, chef du parti démocratique, ministre d'un régime parlementaire et éphémère,
1. Supra, t. I, p. 267 et suiv. Adde G. Prato, Fatti economiche alla vigilia ciel 1848. L Associazione agi-aria subalpina e Camillo Cavour. Turin, 1921. R. Dalla Volta, L Associazione Agraria subalpina e Camillo Cavour. Extrait des Atti délia R. Academia dei Georgofili. Florence, 1921.
et retiré de nouveau en France aux jours de la réaction1. Ses réflexions, ses belles études historiques, ses entretiens avec Manin l'avaient amené à constater l'inanité des conspirations mazziniennes, et il cherchait une autre voie pour aboutir à la renaissance nationale. Il avait confiance en Cavour, mais redoutait que celui-ci se contentât d'un fédéralisme italien et considérât l'avènement de Murât au trône de Naples « comme une chose utile au Piémont et à l'Italie » ; il écrivit donc au ministre qu'il avait une opinion contraire, qu'il « travaillait à faire que la future révolution dans les Deux-Siciles se fit au cri de : Vive Victor-Emmanuel », et qu'il désirait l'en entretenir. Cavour répondit en priant son correspondant de venir le voir le 12 septembre 1856, chez lui. à six heures du matin2. Est-ce à cette entrevue que La Farina exposa au Président sarde son intention de réunir en un même faisceau tous les efforts des Italiens? peu importe le jour, la réponse seule est de haute portée : « J'ai foi, riposta Cavour, que l'Italie deviendra un État unique et aura Rome pour sa capitale : mais j'ignore si elle est déjà disposée à cette grande transformation. Faites la Société nationale; si les Italiens se montrent mûrs pour l'unité, j'ai l'espoir que l'occasion ne se fera pas longtemps attendre, mais remarquez qu'aucun de mes amis politiques ne croit à la possibilité de l'entreprise et que son approche me compromettrait et compromettrait la cause que je poursuis. Venez chez moi quand vous voulez, mais au point du jour, et que personne ne le voie. Si je suis interrogé par le Parlement ou par les diplomates, — ajouta-t-il avec son fin sourire, — je la
1. Biondi, Di Giuseppe La Farina e del Risorgimenlo italiano dal 1815- 1863(2 vol., 1893).
2. La Farina à Cavour, septembre 1856; Cavour à La Farina. 11 septembre 1856.
renierai comme Pierre et dirai : « Je ne la connais pas. » Ainsi encouragé, La Farina se voua à la création de la Société nationale1, et y apporta une ténacité, un labeur qui lui sont un splendide titre de gloire. Pour produire tout son effet, une telle association devait prendre une base très large, dans les partis comme dans les États de la péninsule ; réduite à quelques personnalités du seul Piémont, elle eût été sans intérêt ; réunissant tous les patriotes italiens, de la Sicile aux Alpes, elle devait exercer une influence féconde. Et c'est en quoi l'organisation, facile à rêver, était difficile à réaliser ; La Farina en prépara les éléments dans une longue correspondance avec Manin et Pallavicino où les fondateurs se mirent d'accord sur ces principes2 : les adeptes de la société acceptent et s'engagent à propager les maximes suivantes : aucune discussion de forme politique ; l'indépendance et l'unification italiennes avant tout et au-dessus de tout ; cause commune avec la maison de Savoie tant que la maison de Savoie restera avec l'Italie ; aucune préférence pour tel ou tel ministre, mais appui à tous les ministres qui feront avancer la cause italienne ; indifférence absolue à toute question intérieure en Piémont ; l'action populaire est nécessaire à l'indépendance et à l'unification de l'Italie, utile est le concours du gouvernement piémontais. Et tout le programme, tout le credo politique de la Société nationale se concrétisait en cette formule : Indépendance, Unité, et Maison de Savoie3.