Talleyrand à Thouvenel, 4 avril
6. Le duc de Gramont (de Rome), à M. Thouvenel, 6 et 9 mars 1860.
les saintes indignations et de faire de Rome une nouvelle Vendée, centre cosmopolite de la légitimité spirituelle et temporelle1. Pie IX adopta cette idée avec enthousiasme et nomma Mgr de Mérode Pro ministro délie Armi. A cette armée des saints, il fallait un général digne d'elle ; Msr de Mérode se souvint de ses anciens chefs en Algérie, dont le plus brillant était disponible pour raison politique ; il se rendit auprès du général de Lamoricière, le pressa, le persuada et l'emmena à Rome.
Son arrivée surprit et intrigua ; officiellement, il ne venait que pour réorganiser l'armée romaine, mais il ne dissimulait point que son programme était de pousser les armements pour mettre les effectifs pontificaux en état d'envahir les Romagnes et de réparer ainsi la spoliation qu'avait rendue possible la coupable connivence de l'empereur Napoléon2. Les volontaires étaient accourus, aristocrates des plus nobles lignées de France, de Belgique et d'Irlande, pieux paysans partant pour une nouvelle croisade, et aussi aventuriers allant où des coups étaient à porter. Le général de Lamoricière s'efforça de mettre un peu d'ordre dans cette cohorte, de l'amalgamer avec l'armée régulière du Saint-Père, et de renouveler les arsenaux où canons et fusils pouvaient être présentés comme pièces historiques, tant ils étaient vétustés.
Pendant qu'ainsi de nouveaux soldats affluaient à Rome, il était question de retirer les troupes françaises. Inquiet des nouvelles tendances de la cour pontificale, mécontent de ses relations avec le Saint Siège, vexé du choix de Lamoricière, qui était de ses ennemis personnels3, l'empereur Napoléon songeait è relever le corps d'occupation, et les diplomates rap-