Beyens, Le Second Empire, I, p
prochaient naturellement ce projet de l'annexion de Nice et de la Savoie1. Au fond, la diplomatie française croyait que le départ de la garnison démontrerait à la papauté combien elle était en péril, privée des soldats du général de Goyon, et « rendrait les prélats bien plus souples et bien plus dociles" ». Mais convenait-il de laisser la Ville Eternelle réduite aux seules ressources de son armée ? Fallait-il remplacer les soldats français par des Napolitains? Devait-on simplement permettre aux troupes napolitaines l'occupation des Marches et de rOmbrie3 ? On en discuta pendant quelques semaines et on décida de procéder par évacuations successives pour terminer l'opération à la fin de juin.
Mais, au moment où les diplomates romains et français signaient un accord à ce sujet, l'expédition des Mille vint bouleverser tous ces projets. La poignée de soldats que Garibaldi avait débarqués près d'Orbetello pour faire diversion sur la frontière pontificale, causa grande peur dans les palais romains et déchaîna dans les confins des États pontificaux un mouvement qui ne cessa plus : sans cesse de petites bandes se formaient qu'on croyait formidables, et les télégrammes partaient de Rome à Paris, de Paris à Turin afin « d'inviter d'une façon pressante le gouvernement sarde à prendre les mesures nécessaires pour empêcher l'expédition4 ». Dans ces conditions, il ne pouvait plus être question pour les troupes françaises de rentrer en France : loin de les retirer, on les accrut. « On n'en peut faire grief à l'empereur, écrivait Cavour avec bon sens. Comment pourrait-il