Thouvenel à Talleyrand, 9 juin
choisir, pour abandonner Rome et le pape, l'époque où l'Italie centrale est ou va être en révolution1 ? »
D'autant que les succès prestigieux de Garibaldi surexcitaient l'opinion publique à Rome, dans les États du pape, dans les provinces voisines : lorsque la capitulation de Messine rendit inévitable et prochaine la traversée du détroit par les Mille, le parti révolutionnaire crut l'heure venue d'attaquer par le nord les États romains ; le héros eût traversé le royaume de Xaples, et Rome fût devenue le point de concentration des troupes conjurées, projet splendide, chimérique, périlleux ; déjà Mazzini était arrivé en Toscane et préparait une expédition en Ombrie ; en Romagne, Nicotera avait réparti près de deux mille hommes sur la frontière des Marches; et à Gênes, un lieutenant de Garibaldi, Bertani2, préparait un corps expéditionnaire pour le jeter sur la côte septentrionale du Latium. D'un jour à l'autre, le mouvement pouvait éclater, en coup de foudre.
Cavour savait cela, et regardait, attentif, cherchant sa voie avant de prendre sa décision 3. Il était, naturellement, défavorable à toute expédition révolutionnaire, inspirée par Mazzini, et qui se heurterait à l'armée d'occupation française. Que feraient quelques centaines, voire quelques milliers de volontaires, contre les régiments déjà renforcés et prêts à recevoir par mer de nouveaux contingents ? Une telle attaque irriterait Napoléon et l'amènerait fatalement à des décisions funestes pour l'ambition sarde. Mazzinienne, vouée à l'insuccès, dangereuse pour le Piémont, telle apparaissait Texpé-