Cavour à E. d'Azeglio, 2o juillet
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intervention immédiate à Naples pour y devancer Garibaldi avant qu'il soit devenu « maître absolu de la situation ». Car en pareille occurrence le roi Victor-Emmanuel perd tout son prestige ; il n'est plus que « l'ami de Garibaldi. Il conservera probablement sa couronne, mais cette couronne ne brillera plus que par la lumière qu'un aventurier héroïque jugera bon de jeter sur elle1 ». Et il s'active à réaliser ce projet : en même temps, il arrête les expéditions projetées par Bertani et Nicotera et il s'efforce de susciter à Naples une insurrection qui servira de prétexte à l'intervention de la Sardaigne.
Mais le temps passe, le mouvement est aussi lent à se produire à Naples que rapide est la marche de Garibaldi. L'autre dessein, le grand, le révolutionnaire, de l'attaque sur les Etats pontificaux, se développe et se précise dans l'esprit de Cavour ; il l'écarté d'abord, comme trop périlleux : « Nous ne sommes pas en situation d'attaquer en même temps Lamoricière soutenu par l'armée napolitaine et de nous défendre contre l'Autriche : ce serait un jeu désespéré ». Et il prévoit une guerre européenne, laissant le champ libre à la politique italienne : « La Providence favorisera la cause de la justice2 ». Mais les succès foudroyants de Garibaldi dans les Calabres, la « conduite dégoûtante des Napolitains qui ne veulent rien faire avant l'arrivée de Garibaldi * », hâtent les décisions de Cavour ; ce n'est point par mer, à la demande des Napolitains ou même de leur roi, qu'arriveront les Sardes, mais par terre, et après avoir traversé, conquis deux pro-
1. Cavour à Nigra, 1" août 1860 (deux lettres, Bolléa, Una « Silloge », p. 299 et suiv.). Cf. à E. cTAzeglio, à Villamarina, même date.
2. Cavour à Ricasoli, 16 août 1860. Dans toutes les lettres de cette date, Cavour répète : « Nous arrivons, nous sommes à la crise ».