Thayer, Life and Times of Cavour, I, p
2. Masi, II Risorgimento italiano, p. 471, page excellente, comme tant d'autres.
3. Sur la Société nationale, voir ses deux Credo Politico publiés à Turin en 1858 et 1859, et parmi les dernières études, Giovanni Sforza, Nicolo Tomrnaseo et laSocietà Naziona'e Italiana, dans la Revue II Risorgimento italiano de 1908, et Francesco Guardione, La Société Nazionale in Sicilia, même Revue, 1912.
Cavour était tenu par La Farina au courant de cette correspondance, il acceptait le catéchisme du nouveau parti; ne l'avait-il point enseigné dès ses articles du Risorgimento en 1848 ' ? Les pourparlers demeurèrent d'ailleurs secrets ; dans les chancelleries, où l'on connaissait les relations de Manin avec ses disciples demeurés en Italie, on ignorait l'étendue de leurs négociations, et la part qu'y prenait, au petit jour, en son domicile privé, M. le Président du Conseil des ministres du Piémont.
Dans le cours de l'année 1857, l'idée prit forme et passa à exécution. Le 1er août, La Farina publia le programme d'une Società nazionale italiana, fondée « afin de donner la ligature de l'unité et par là la puissance d'action aux efforts des bons (cito}Tens), efforts qui se perdraient et demeureraient stériles, en faveur de la patrie commune, opprimée par une tyrannie intérieure et étrangère et ensanglantée par des révoltes impuissantes ». Parmi les signataires, Manin était des premiers, et ce fut son dernier acte politique, son testament, car deux mois après ce grand homme mourut, tel Moïse sur le seuil de la Terre promise.
En Piémont, où les lois de 1848 le permettaient, la Société nationale eut une organisation publique et déclarée. Le bureau en était savamment composé, ayant pour président le marquis Georges Pallavicini, d'origine lombarde, longtemps détenu par les Autrichiens au Spielberg, pour vice-président Garibaldi, sarde, et pour secrétaire La Farina, napolitain, qui en fut l'animateur, comme il en avait été le fondateur : pendant deux années toute lacorrespondance passa par ses mains, trame
1. Comme on reprochait plus tard à Cavour d'être un conspirateur, il répliqua allègrement qu'il avait toujours conspiré, « les années dernières, ajouta-t-il, j'ai eu pour adeptes et pour compagnons presque tous les membres de la Société nationale ». (Discours à la Chambre, 27 mars 1861.)
aux fils multiples qui reliait la maison-mère de Turin aux filiales de toute la péninsule. La section sarde publiait une gazette hebdomadaire, // Piccolo Carrière d'Itatia, de libre circulation dans le royaume, difficile à introduire dans les Etats de régime absolu.
En Lombardie, en Vénétie, dans les duchés, la propagande de la Société fut très rapide, car elle répondait exactement aux besoins et aux idées des patriotes, adversaires farouches de l'Autriche, qu'elle-même combattait sans trêve. Dans les Romagnes, elle fit nombre de prosélytes parmi les jeunes gens, et dans ce milieu intellectuel qui voulait se détacher du Saint-Siège pour former l'unité nationale ; un des chefs de ce parti, Minghetti, no s'y inscrivit pas, non (comme on l'a dit) qu'il n'y fut point favorable, mais à la demande de Cavour qui l'avait fait prier par Castelli de se tenir en continuelle communion avec les membres de la « Nationale », sans y entrer, pour conserver à tout événement sa pleine liberté d'action1. A Rome, l'influence de la Société fut plus lente; elle enrôla d'abord les révolutionnaires assagis, puis gagna les milieux intellectuels. En Toscane, elle trouvait un solide terrain d'action dans la bourgeoisie lettrée des villes, s'étendit même à nombre de Mazziniens que les incidents de Gênes et du Cagliari avaient détournés de leur dieu. Dans le royaume de Naples, son développement fut plus lent \ « A .\aples, écrivait La Farina le 23 avril 1858, nous avons ou aversion ou timidité... En Sicile nous croyons avoir beaucoup de sympathie, mais nulle organisation 3. »
Certes, elle rencontrait des oppositions : Mazzinî en était un