Le député Chiaves à la Chambre sarde, 10 octobre
napolitaines, qui levaient les crosses à sa vue, il se croyait invincible; ses compagnons républicains ne tenaient nullement à livrer Xaples à la monarchie constitutionnelle, et, pour retarder ce jour néfaste, l'avaient convaincu de garder la grande ville jusqu'au moment où il aurait conquis Rome puis Venise ; et le vaillant général se croyait de taille à disperser les régiments français de Rome ou autrichiens do Vérone, aussi facilement qu'il avait défait les bataillons de François II. Gavour en doutait? s'y opposait? Quel couard ! Il n'y avait qu'à le renverser, comme un ministre napolitain.
Cavour était tenu exactement au courant de cette évolution dangereuse ', ou plutôt il la pressentait, car dès le 8 septembre il se rendit auprès du roi avec Farini, son fidèle, et, pour cela même, détesté de Garibaldi; les deux ministres proposèrent à Victor-Emmanuel leur démission pour éviter un conflit avec le Dictateur de l'Italie méridionale et avant que l'hostilité du héros national eût publiquement éclaté. Le souverain répliqua fièrement qu'il ne voulait changer ni de politique ni de ministre, dût-il faire connaître ainsi son désaccord avec Garibaldi, et qu'il maintiendrait sa résolution, dûtil « monter à cheval et employer la force2 ».
Loyale et hardie, la démarche des deux ministres était en même temps sage et prévoyante : car, le 15 septembre. Garibaldi adressait à un ami une lettre retentissante, où suivant l'expression même de Cavour, il « jetait le masque" » et publiait à grands cris qu'entre le ministre et lui il y avait incompatibilité d'action politique ; peu après, il faisait porter
i. Gabotto, La crisi di seltembre 1860 f'ra Garibaldi e Cavour. dans la Pniaauera italica, 1914.
il Memoria de Cavour et Farini, publié par Luzio, Garibaldi. Cavour, Verdi, p. 291.