Cavour au prince Napoléon, 24 novembre
Barbier de Tinan avait notifié au contre-amiral sarde Albini qu'il s'opposerait à toute attaque par mer. « Question de haute convenance, écrivait le ministre du quai d'Orsay, de dignité de toutes les couronnes... Sa Majesté ne peut laisser le roi François II exposé à ne devoir qu'à une capitulation la possibilité de quitter sa dernière retraite1. » Le gouvernement sarde n'avait point à partager ces scrupules, et, au milieu de novembre, il envoya le comte Vimercati à Paris avec une lettre de Victor-Emmanuel pour Napoléon, demandant le rappel de la flotte française2. La réponse de l'empereur fut « assez gracieuse », mais dilatoire, et, quelques jours après, le monarque français proposait une suspension du feu qui fut acceptée. En même temps, Napoléon avisait l'envoyé de François II, le comte d'Arragon, que « devant l'impossibilité trop évidente d'un succès définitif pour les armes napolitaines, la continuation des hostilités était désormais sans but, que le roi de Naples avait assez fait pour son honneur et que n'ayant rien à espérer de la prolongation de sa défense, il pouvait encore se créer un titre auprès de l'opinion en arrêtant l'effusion du sang3 ». Fièrement, François II refusa; comme Pyrrhus, il voulait « ou périr ou régner ». L'empereur ne pouvait que prendre acte de cette résolution et il « renvoya (le gouvernement sarde) d'une semaine à l'autre4 ».
Le temps s'écoulait et la situation du royaume de Naples ne faisait qu'empirer. « La condition politique de Naples est tellement grave, écrivait Cavour, que je crois de néces-
1. Thouvenel à Rayneval, 31 octobre 1860. t L'envoi de la flotte a été purement une affaire de sentiment et d'humanité, » écrivait M. Fould à Mérimée le 4 novembre 1860.
2. Cavour à E. d'Azeglio, 9 décembre; au prince Napoléon, 24 novembre 1860.