Massari, Vittorio-Emanuele 11, p
D'Italie : or, monarque d'un État qui allait des Alpes à la Sicile, Victor-Emmanuel n'était nominalement que roi de Sardaigne. Un changement de titre s'imposait et il importait que le gouvernement prît immédiatement l'initiative de le proposer au Parlement pour affirmer devant l'Europe et malgré toutes protestations la nature juridique du nouvel État1, et aussi pour éviter les « imprudences » de l'extrême gauche qui « voulait déclarer que la Yénétie appartenait au royaume d'Italie2 ». Les Chambres se constituèrent donc rapidement ; il n'y eut quelque difficulté que pour l'élection du président de la seconde assemblée : Lanza, qui avait très bien dirigé les travaux de la précédente, se dérobait à cet honneur avec une touchante modestie3 ; Ricasoli, que son passé semblait appeler à cette dignité, voulait demeurer simple député pour devenir le leader de la majorité ; Rattazzi était tout prêt à accepter cette « haute situation », mais nul n'ignorait qu'il était l'adversaire personnel, acharné du premier ministre ; on racontait même qu'il voulait fonder avec Depretis et Pepoli un « tiers parti », tout comme M. Thiers sous la monarchie de Juillet, et qui ne serait point tendre pour le ministère4. Cavour eut alors l'idée assez singulière de le proposer comme candidat ministériel à la présidence, estimant, peut-être, que son ennemi serait moins dangereux au fauteuil que dans la salle et surtout dans les couloirs ; naturellement, Rattazzi fut élu à une énorme majorité, et les députés eurent l'étrange spectacle d'un président du Conseil et d'un président de la Chambre qui passaient l'un près de l'autre, sans se saluer5.