Cavour à Vimercati, 20 mars
ce ne soit pas A. B. C. i ». A la veille de la proclamation du nouveau royaume, il fallait se décider : ainsi amena-t-il ses collègues au suicide, tous donnèrent leur démission le 20 mars', et le jour môme, à la surprise des diplomates, — car le secret avait été bien gardé, — Cavour annonçait à la Chambre la retraite du cabinet. Il faut, disait-il en substance, que le roi soit libre de s'entourer des hommes les plus éminents de l'Italie, car il est de haute convenance que tous les grands intérêts italiens soient représentés dans le ministère du nouveau royaume ; en outre, il est nécessaire d'apporter des modifications dans le gouvernement des provinces napolitaines et siciliennes, changements qui ne peuvent être opérés par le cabinet composé comme il Test.
« C'est une comédie, disait-on dans les couloirs, Cavour est sûr de conserver le pouvoir; il n'avait qu'à « démissionner » quelques ministres pour les remplacer par des Napolitains et des Siciliens3. » Ce n'était exact qu'à moitié, car le roi eût volontiers profité de cette occasion pour se débarrasser d'un grand homme, dont il subissait l'ascendant sans l'aimer, en l'engageant à prendre un repos mérité. Et peut-être eût-ce été là, dans l'intérêt de Cavour, de ses forces physiques, de sa vie même, le langage de la saine raison : mais tous les hommes d'État auxquels s'adressa Victor-Emmanuel, Ricasoli, Farini, Poerio, Torrearsa, même Rattazzi, lui affirmèrent la nécessité de s'adresser à Cavour, les uns parce qu'ils ne voulaient, l'autre parce qu'il ne pouvait prendre le pouvoir ; ainsi l'homme indispensable présenta-t-il à l'approbation du souverain une liste contenant les noms de cinq des anciens ministres et quatre nouveaux : Bastogi, banquier