Cavour a la Chambre des députes, 7 mars
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passer pour un persécuteur1. Le progrès des idées, le développement de la civilisation mènent forcément à distinguer le spirituel et le temporel : c'est la seule solution possible. « Les hommes d'Etat pourront la retarder ou la hâter, mais non l'empêcher. Dans le siècle prochain la séparation de l' Église et de l'État sera un fait accompli et accepté par tous2. » Impulsions de sa jeunesse libérale, spectacle des luttes religieuses en Suisse et en Angleterre, combats de sa vie politique, réflexions longues et solitaires, tout l'a mené à cette conclusion que « les tendances du siècle », les besoins d'un « esprit nouveau », même la paix des consciences exigent la séparation des Églises et de l'Elat.
A ce moment se pose avec acuité, de manière pressante3, la question de Rome capitale. Déjà la monarchie sarde a conquis les Légations, les Marches, l'Ombrie; il ne reste au pape que Rome et sa campagne, Rome doublement protégée par les troupes françaises et par le caractère sacré du Souverain Pontife. Mais que sera le royaume nouveau sans la Ville Éternelle, YUrbs qui résume et personnifie tout un empire? Turin, Milan, Florence, Naples peuvent se disputer entre elles avec jalousie pour conserver ou obtenir la résidence du roi et le siège du gouvernement : que Rome entre dans l'unité nationale, elle devient sans conteste la capitale de la Patrie italienne. Et tant qu'un territoire, si petit par l'étendue, si grand par son histoire, sa situation au centre de la péninsule, son nom même, tant que ces quelques arpents seront séparés de la monarchie nationale, celle-ci ne sera encore qu'une esquisse incomplète.
1. Gavour à Me' Billet, archevêque de Chambéry, 13 juin 1860.
2. Cavour à Vimercati, 4 janvier 1861. Gpr. Cavour à la Chambre, 2a mars 1861. Artom et Blanc, p. 61o.
3. Zanichelli, Cavour, p. 400 et suiv. Masi, Risoi'gimento, II, p. 504 et
Pour libérer Rome, et doublement, des troupes françaises et du gouvernement pontifical, des tractations seront-elles suffisantes ? De Napoléon, qui a tout su, tout accepté, il sera possible d'obtenir le rappel de r armée d'occupation pourvu que soient garantis l'ordre dans la Ville et l'indépendance du Saint-Père. Mais de Pie IX, peut-on espérer une transaction qui le dépouillerait de son pouvoir temporel moyennant d'amples concessions : budget assuré, souveraineté diplomatique, immunités juridictionnelles dans le domaine spirituel? Gavour ne s'en dissimule point l'improbabilité. « Plus j'y réfléchis, écrit-il à un confident, et plus je demeure convaincu qu'on n'obtiendra jamais du pape la moindre concession comme souverain, si ce n'est en accordant à l'Église une grande liberté d'action. Toute transaction fondée sur des intérêts purement temporels est impossible, car le Saint-Père sait qu'en cédant un pouce de terrain il détruit le principe de Yinaliénabilité qui est la seule force morale qu'il possède1. »
Mais si ténues que fussent les chances du succès, Gavour résolut de les tenter : parce que, pour invraisemblable, le succès n'était point impossible et qu'une transaction eût été, pour Gavour, la plus éclatante victoire de la pensée laïque et du Risorgimento national, et il y crut durant quelques semaines; — parce qu'il voulait prouver aux catholiques du royaume entier son esprit de conciliation et leur démontrer qu'il n'avait tenu qu'au pape de résoudre par voie d'accord une question que le temps, ce maître des rois, trancherait inévitablement, et contre le Saint-Père; — parce qu'il désirait être en état, au Parlement de Turin où il redoutait les fougueux éclats du nationalisme italien, de se retrancher discrètement derrière de mystérieuses négociations ;