‹ Cavour et l'unité Italienne (volume 3)Chapitre 317 sur 347 · Gavour à Vimercati, 4 janvier · texte numérisé non relu

Gavour à Vimercati, 4 janvier

— parce que, enfin et surtout, il importait de démontrer à Napoléon, sans qui il ne pouvait rien... actuellement, que le gouvernement italien avait tenté tous les efforts et proposé toutes les concessions possibles, mais que le pape avait persisté à sacrifier le bien de la religion aux intérêts de son pouvoir temporel1.

Il s'engage donc, mais prudemment, par voie détournée, comme en sourdine.

Dans son discours du li octobre, il a déjà dit « son idée pour Rome. C'est que la Ville Éternelle, sur laquelle vingtcinq siècles ont accumulé toutes les sortes de gloire, devienne la splendide capitale du royaume italique2 ». Pour réaliser cette idée, il renonce à la correspondance directe entre le roi et le pape, qui a échoué au début de l'année, et procède par d'obscurs intermédiaires. Il était en relations avec le D1' Pantaleoni, excellent médecin de Rome, partisan de Rossi lors des événements de 1848, adversaire de Mazzini quand celui-ci constitua la République romaine, néanmoins exilé à la réaction; revenu à Rome, il y faisait partie de ce petit groupe de libéraux qui désiraient la suppression du pouvoir temporel des papes et l'unité italienne, mais sans révolution mazzinienne; à trois reprises, il s'était préparé pour assister Cavour à d'éventuels Congrès sur la question romaine; les Congrès avaient avorté, mais le Président sarde avait apprécié le docteur romain qui partageait entièrement les idées de Turin et lui transmettait de curieuses informations « sur les conditions de la cour romaine ». Le 18 octobre 1860, Cavour écrit3 à Pantaleoni pour l'en remercier et

1. GramontàThouvenel, «février 1861. (Dépèche officielle; n'est pas dans Le Secret de l'Empereur.)

2. Cavour à la Chambre des députés. Artom et Blanc, Œuvre parlementaire de Cavour, p. 568.

3. Toute cette correspondance se trouve dans l'ouvrage de Pantaleoni,

le prier de « continuer à lui prêter son aide efficace » ; le ministre, qui envoie un homme de confiance à Rome pour traiter d'un échange de prisonniers, voudrait être renseigné sur les intentions de Pie IX : « Le Souverain Pontife commence-t-il à se persuader de la nécessité de passer avec nous des accords qui pourraient être des plus convenables pour la cour romaine et assureraient son indépendance beaucoup plus efficacement que les armes étrangères?... Je vous serais très obligé de me dire si cette tentative vous paraît avoir quelque chance de succès. »

Tout heureux d'exposer son opinion, Pantaleoni s'empresse de répondre : une convention est improbable; mais on pourrait « faire dès à présent les plus larges offres de conciliation », en assurant l'indépendance du spirituel. Et il ajoute : « Sûrs que nous sommes d'un refus de Rome, la connaissance d'un tel acte démasquerait d'un seul trait l'hypocrisie, l'ambition et l'avarice des prélats, qui se couvrent du manteau de la religion; et, d'un côté on gagnerait l'opinion publique des hommes honnêtes et vraiment religieux en Europe, de l'autre on rejetterait sur Rome la responsabilité des maux qui en adviendraient à l'Église, et on mettrait les Italiens dans la vraie voie par où obliger Rome à se plier à une convention ». Tel est l'esprit dans lequel il part en campagne : plus tard, il se piquera au jeu et croira réussir.

Gavour est si favorable à ce plan d'action, qu'il télégraphie à Pantaleoni : « Vos rapports me sont fort utiles. Continuez; j'approuve vos idées... Quels sont les cardinaux sur lesquels on peut compter ? » Et lorsque Pantaleoni lui a envoyé des

p. 159 et suiv., et elle a été traduite dans ses parties essentielles par M. Ch. Benoist, (oc. cit., p. 349 et suiv.; les lettres entre Cavour et Pantaleoni passaient par la légation anglaise, les dépèches par le consul sarde Teccio.

Gavour. — in. 28

« esquisses biographiques » sur le personnel de la Curie, le ministre sarde le prie de continuer son action « avec la même prudence et sans lui donner un caractère officiel ». Ainsi encouragé, le docteur se décide à préparer un « mémorandum », plan de toute une réforme pontificale. Mais il n'est point grand clerc en matière théologique, il a peu de relations au Vatican où il est suspect, il décide donc de recourir à quelqu'un qui puisse l'aider dans la partie canonique de son travail1 et qui fréquente les « robes de pourpre » (porporati); c'est pourquoi il s'adresse au Père Passaglia. Curieuse physionomie de prêtre inquiet, ancien jésuite, érudit canoniste, professeur de philosophie à l'archi-gymnase romain, le P. Passaglia avait, malgré ses opinions libérales et à cause de son grand savoir, une certaine situation dans la Curie ; il siégeait notamment à la Commission des affaires urgentes, que présidait le cardinal Santucci. Désormais le Père sera de moitié avec le docteur dans toute l'entreprise, et s'efforcera d'y entraîner le cardinal.

Le « mémorandum » est préparé et transmis le 26 novembre en avant-projet à Cavour, qui le renvoie de suite avec son approbation d'ensemble et ses observations de détail2. Le texte définitif est arrêté, non sans ampleur, car il comporte une quinzaine de pages. Il développe longuement ce thème : l'Église libérée de ses charges temporelles sera d'autant plus puissante dans son action spirituelle; le nouveau monarque d'Italie assurera au Saint-Père toutes les garanties nécessaires à l'exercice de sa souveraineté religieuse ; les relations des deux puissances seront régies par ce principe : l'Eglise libre dans l'État libre, — -c'est la première fois que dans les pièces

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