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Cavour à Villamarina, 8 décembre

3. Parmi ces « petites questions », signalons l'affaire de Neucbâtel, la révolte du canton contre le roi de Prusse, où Cavour se rallia à l'intervention pacifique de Napoléon. Cavour à Villamarina, 26 décembre 1856.

Or, il advint que pendant ces délicates négociations, un nouveau groupement se fit entre ces puissances. L'Angleterre rencontra sans cesse, dans sa rivalité avec la Russie, l'appui de l'Autriche ; la France, tout en restant dans des termes affectueux avec l'Angleterre, se rapprocha de la Russie. Le Piémont dut choisir : il n'hésita pas ; il était alors, comme je lai exposé, en pleine lutte avec l'Autriche; au risque d'un refroidissement avec le cabinet de Londres, il se porta vers le côté qui lui assurait l'intimité de la France et l'amitié de la Russie.

Dès le Congrès de Paris, on l'a vu, une « entente cordiale » s'était établie entre les diplomates russes et italiens, fondée en grande partie sur une commune haine de l'Autriche, et qui ne s'arrêta point à la fin des conférences1. Le couronnement du tsar avait permis l'échange de paroles très affectueuses. Dès que les relations officielles furent rétablies, Gortschakofif déclarait au représentant sarde : « Je ne veux pas entrer dans des récriminations. ."Vous avons été mal inspirés en vous refusant une légation russe à Turin et en refusant votre légation à Saint-Pétersbourg. Nous avons trop prêté l'oreille à l'Autriche. Je n'ai jamais approuvé cela. Aujourd'hui le terrain est libre, nous pouvons nous mettre d'accord... Je conviens que la Russie et le Piémont sont des alliés naturels. » 2 Le comte Stackelberg, le nouvel envoyé russe, avait été accueilli à Turin comme un ami. Le voyage de l'impératrice de Russie sur la Ridera avait été l'occasion de grandes manifestations, avec réception solennelle à Turin et à Nice, visite de Victor-Emmanuel et Cavour à l'impéra-

1. Cf. t. Il, p. 365 et 400. Sur les relations de la Russie et du Piémont, v. Massari, Vittorio-Emanuele II, p. 204 et suiv. Mazade, Le comte de Cavour, p. 170 et suiv.

2. « Nous avons les mêmes rancunes et les mêmes ennemis », disait Stackelberg à Cavour. Comtesse Collegno, biarïo, p. 335.

trice ; et les diplomates étrangers ne manquaient point de rapprocher ces « égards empressés » et la décision prise par le gouvernement sarde de n'envoyer personne saluer François- Joseph à Milan, de même qu'ils remarquaient que « le roi s'était employé avec une activité incroyable et un véritable succès à se rendre agréable à ses hôtes illustres1 ». Cavour protestait, auprès de la cour de Londres, qu'il n'y avait là rien d'autre que simple courtoisie : « Répétez à satiété, mandait- il à E. d'Azeglio, que nous n'avons aucune tendance russe, ni aucune velléité de sacrifier nos principes et nos alliances libérales à l'amitié de la Russie â. » Les diplomates russes et sardes n'en continuaient pas moins à roucouler des duos d'amour, — sauf sur la liberté de la presse où l'on était intransigeant à Pétersbourg. Et Cavour autorisait la flotte russe à prendre une sorte de refuge permanent dans la rade de Villefranche, au risque d'indisposer lord Palmerston.

Avec l'Angleterre, tout au contraire, les relations prenaient un caractère de froideur qu'il faut souligner pour mieux comprendre l'attitude du cabinet de Saint-James en 1859. Dès son voyage à Londres, en avril 1856, Cavour avait pressenti qu'il ne pouvait rien attendre du gouvernement anglais3. En octobre, lorsque s'esquissa le rapprochement entre l'Autriche et la Grande-Bretagne, Cavour en comprit de suite la gravité pour son pays : « L'Angleterre est libre de rétablir son ancienne alliance avec l'Autriche..., nous ne la suivrons pas sur ce terrain, écrivit-il à son représentant à Londres. Un gouvernement libéral en Piémont ne pourra jamais être dans de bons rapports politiques avec celte puissance (l'Au-

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