Gramont à Thouvenel, 15 mars
Napoléon », concertée entre cette « Majesté » et Cavour; le pape lui fait répondre qu'il ne lui reconnaît point le caractère de négociateur. Et le diplomate improvisé ne peut que quitter Rome, contraint et désolé.
L'expulsion de Pantaleoni marquait, évidemment, la fin des tractations. Le P. Passaglia se disait bien « point trop découragé », et, non sans difficultés, continuait sa correspondance avec Cavour1. Mais, en exilant le promoteur des négociations, la Cour pontificale avait signifié nettement leur rupture. Le subtil premier ministre de l'Italie ne tardera point à reprendre ses tentatives, non à Rome, mais à Paris. En attendant, il voulut, comme on l'a dit, « marquer le coup » par d'éclatantes affirmations.
Diverses manifestations incitaient Cavour à s'expliquer devant les Chambres sur la question romaine. En février, avait paru à Paris une nouvelle brochure, La France, Rome et l'Italie, signée par M. de la Guéronnière, et que l'opinion publique rapprochait de celles, rédigées jadis par le même auteur, mais inspirées directement par l'empereur ; or, l'opuscule posait la question pontificale dans des termes qui ne comportaient qu'une solution, la séparation du temporel et du spirituel. Le 1er mais, le prince Napoléon avait prononcé au Sénat une bruyante harangue, charge à fond contre la souveraineté pontificale, « cette cristallisation du moyen âge » ; le tout, à la joie de Cavour qui manda au prince :
1. Cavour à Yimercati, 7 avril; à Passaglia, 11 et 26 avril 1861. Quelques mois après, ayant publié un opuscule, Pro causa italica, où il déclarait que le pouvoir temporel devait être sacrifié à l'unité nationale, le P. Passaglia dut quitter Rome sous un déguisement ; il fut nommé professeur à l'Université de Turin, et plus tard député au Parlement.
« Le discours de Votre Altesse est pour le pouvoir temporel du pape ce que Solferino a été pour la domination autrichienne1 ». Mais en Italie une voix discordante se faisait entendre, et quelle voix ! Massimo d'Azeglio avait publié sous le titre de Questioni urgenti- une brochure où il proposait de transférer définitivement la capitale à Florence en renonçant à Rome, à « cette manie de Rome », à cette « folie de monter au Capitule" ». L'ouvrage avait fait grand bruit, il importait que Cavour, dont la politique y était directement visée, répondit en proclamant les intentions du gouvernement royal. Un ami dévoué, Audinot, annonça qu'il allait interpeller le président du Conseil ; on attendait les déclarations du premier ministre « avec une anxiété impatiente » ; l'attente ne fut point longue.
Le 25 mars, Audinot développa son interpellation en quelques mots exempts de sévérité. Cavour prit immédiatement la parole; des grands discours, si nombreux, si riches d'idées qu'il prononça au Parlement turinois, ceux des 25 et 27 mars4, furent les derniers; en voyant cet homme, plein de vie et d'action, maître de ses forces et de sa pensée, qui eût pu s'imaginer qu'il prononçait son testament politique et que deux mois après il ne serait plus qu'un cadavre glacé ? Dès son début, il aborde franchement son sujet : « Puisque la question de Rome est mise sur le tapis, il convient qu'elle soit traitée dans toute son ampleur... Quand elle ne se présentait encore que dans le lointain, quand la solution en pouvait être remise à une époque indéterminée, la sagesse vou-