Cavour au prince de Carignan. 3 mai
4. Cavour à Pantaleoni, 29 mai 1861, une de ses dernières lettres.
fort corrompus. Ceux-ci, il faut les laver, Sire, oui, si lavi, si lavi i . »
Parmi les mécontents de Naples se trouvaient de nombreux officiers de l'ancienne armée garibaldienne. On leur avait fait de belles promesses, aux jours d'enthousiasme, et la plupart ne demandaient qu'à entrer dans l'armée italienne ; mais Garibaldi avait distribué des milliers de brevets et Cavour déclarait impossible « d'accorder en bloc à tous ces officiers improvisés les mêmes droits que ceux des officiers de Crimée, de Magenta, de Castelfidardo et d'Ancône2 ». On avait donc institué une commission de classement, qui n'avait pu donner satisfaction à tous, et les éliminés ou retardés protestaient à grands cris. Le 2o mars, au Parlement italien et en leur nom, un député napolitain exhala « leurs justes ressentiments » avec tant de force, qu'il en résulta un tumulte presque tragique3. Et tous ces « demi-solde » regardaient vers leur protecteur naturel, leur Dieu vengeur, Garibaldi.
Retiré sur son âpre rocher de Caprera, Garibaldi vivait dans un hautain isolement. De temps à autre, le gouvernement de Turin lui dépêchait quelque négociateur, tel que le général Tiïrr, comme pour traiter avec lui « de puissance à puissance », car son prestige extraordinaire lui donnait la situation « d'un État dans l'État4 ». Le « héros » exhalait sa rancœur, déclarant que tout irait mal dans la nouvelle Italie, tant qu'il ne viendrait point nettoyer les écuries d'Augias. Il avait été élu député en janvier, mais en avril n'avait point encore paru à la Chambre. Parmi ses amis, les plus raisonnables lui conseillaient l'abstention, sachant que
1. Récit de la comtesse Alfieri, De La Rive, p. 329. Cpr. infra, p. 463.