Rayneval à Thouvenel, 19 novembre 1860, 10 avril
ses grandes vertus de soldat n'étaient point doublées d'habileté politique. « Par charité, écrivait Bertani, ne traînez pas Garibaldi dans le Parlement; il y trouvera les amertumes, la compassion, l'abandon qu'il a rencontrés l'an passé1. » Mais d'autres, et plus nombreux, voulaient qu'il vînt à leur tête, protéger ses anciens officiers, renouveler son activité vivifiante, — et défendre leurs propres intérêts. Ils l'emportèrent.
Le « héros » arriva le 4 avril « au moment où on l'attendait le moins », et chacun de se demander « le motif réel de ce retour sur la scène politique" ». Il débuta par un coup de maître, en déclarant à une délégation d'ouvriers milanais : « L'Italie, malgré les tristes effets d'une politique indigne du pays, malgré cette foule de laquais qui appuie cette politique, l'Italie doit être. .. Le roi est environné d'une atmosphère corrompue : mais nous espérons le revoir dans la bonne voie ». Les membres de la majorité parlementaire prirent pour euxmêmes cette expression de laquais et s'en offusquèrent ; en leur nom Ricasoli, qui se posait en chef du parti gouvernemental, traita de « calomnies » les propos attribués à Garibaldi, qui, sur une démarche de Rattazzi, déclara que ses paroles avaient été mal interprétées, qu'il avait beaucoup « de dévouement et d'amitié » pour le roi, et ne marquait « aucune irrévérence envers la majestueuse Assemblée d'un peuple libre5 ».
Cavour était inquiet de ce début ; il redoutait, comme justifiées, les critiques de Garibaldi sur les retards mis à régler la situation de ses anciens officiers, car « Fanti avaitété dune lenteur désespérante ». Il profita donc de ce que Garibaldi était retenu en chambre par une crise rhumatismale,