Lettre ouverte de Garibaldi, 13 avril
448 CAYOUR
pour soumettre à la signature du roi un décret constituant un corps de volontaires commandé par les anciens officiers du « général». D'ailleurs personne n'en fut satisfait au camp garibaldien ; d'où naquit une inquiétude générale, qu'il importait de dissiper au plus tôt. Le 15 avril, Ricasoli annonça son intention d'interpeller le ministère sur le décret critiqué.
Les amis de Cavour ont relevé, au matin de cette séance historique, l'animation, l'irritation du premier ministre qui contrastaient avec son habituelle bonhomie 1 ; il savait les in tentions hostiles de Garibaldi et redoutait une scène pénible : il ne se trompait point.
Le 18 avril, enfin, Garibaldi fit son entrée solennelle à la Chambre, appuyé sur ses séides Macchi et Zuppetta, acclamé par les tribunes et une partie de l'assemblée. Il avait gardé son costume de combat, la chemise rouge, le vaste poncho mexicain, les bottes à l'écuyère, qui faisaient si bien dans les batailles, au grand soleil de Sicile, mais ici, parmi les redingotes des collègues, dans la lumière grise de la salle, semblaient quelque peu ridicules. Avec ses longs cheveux et sa grande barbe, le héros apparaissait aux uns comme un prophète, aux autres comme un figurant d'opéra, alors que les Anabaptistes entrent en scène. Le calme rétabli, Ricasoli développa son interpellation sur un ton calme et conciliant. Le ministre de la Guerre, général Fanti, lut un discours exposant ses intentions sur la réorganisation de l'armée et ses dispositions en faveur des officiers garibaldiens ; Cavour, qui guettait en vieux parlementaire, trouvait « qu'il avait fait une excellente impression2 ».