Rayneval à Thouvenel, 10 mai
questions : le règlement de la question romaine, le départ des troupes françaises, la reconnaissance du nouveau royaume. Il eût désiré avoir une entrevue avec Thouvenel, « mais comment faire pour nous rencontrer sans que toute l'Europe s'alarme1 »? et il est contraint de traiter par correspondance ou par des intermédiaires, Vimercati, Pantaleoni. Au début d'avril, il lie le fer, mais prudemment, par voie privée, et il s'adresse au gendre du roi, à son ami personnel, le prince Napoléon. Celui-ci lui répond le 13, par une lettre qu'apporte Vimercati : le prince a vu son impérial cousin et il propose de traiter sur les bases suivantes : 1° un arrangement direct sera conclu entre la France et l'Italie; 2° la France ayant mis le pape à l'abri de toute attaque étrangère, ses soldats évacueront Rome; 3° l'Italie s'engage à ne pas attaquer et à empêcher même par la force toute attaque venant de l'extérieur contre le territoire actuel du pape; 4° le gouvernement italien s'interdira de faire aucune réclamation contre l'organisation d'une armée papale composée même de volontaires catholiques étrangers, tant que cette armée ne montera pas à plus de dix mille hommes; 5° le gouvernement italien prendra sa part proportionnelle dans les charges des anciens États de l'Église2.
Cavour a reçu ces propositions; il lit, il réfléchit; des conditions posées, il en est deux qu'il sera difficile de faire accepter par le Parlement, par le parti qui veut l'unité immédiate : ce sont les troisième et quatrième, lesquelles rendent l'Italie garante du territoire pontifical et permettent la constitution d'une armée à la solde du Saint-Père. Mais le prince Napoléon l'a prévenu : « Vous n'obtiendrez pas plus de l'empereur » . Cavour est donc convaincu qu'il faut accepter le projet de