Cavour à de La Rive, mars
qui ne lui étaient pas coutumières. Il était dès lors en état de moindre résistance physique et se plaignait parfois de sa lassitude l : mais loin de s'arrêter, il poussait son labeur avec une activité plus fébrile, au Parlement, dans son cabinet, comme s'il sentait proche le moment de l'éternel repos.
Le 29 mai, après une séance mouvementée à la Chambre, il rentra à la casa Cavour plus fatigué encore que d'habitude; à son domestique, Martin Tosco, qui l'engageait à prendre quelques jours de repos, il répondit : « Je n'en peux plus, mais il faut travailler quand même, le pays a besoin de moi. » Après diner, il comptait se rendre chez lady Holland lorsqu'il fut pris de frissons et d'un malaise indéfinissable; il pensa le dissiper par quelques heures de sommeil, mais dans la nuit il réveilla son domestique : il craignait une attaque d'apoplexie et demandait qu'on cherchât son médecin habituel, le Dr Rossi. Celui-ci pratiqua une, deux, trois saignées, mais sans que diminuassent la fièvre, l'agitation, les douleurs. Le
30 au soir, Cavour put enfin dormir paisiblement et le
31 mai au matin il se crut guéri : immédiatement, furent mandés les ministres, les secrétaires particuliers, Artom, Nigra, et le travail politique reprit, intense, préoccupant : les nouvelles de Naples étaient médiocres, on attendait la réponse de Napoléon à la lettre du roi. Mais dans la nuit, la fièvre reprit et désormais le mal s'empara de lui, implacable : à son chevet s'était installée la Camarde, qui le guettait. Parfois une saignée, une potion à la quinine lui donnait quelques heures de soulagement, tous croyaient au commencement de la guérison ; mais bientôt la maladie reprenait avec une intensité plus brutale, et la fièvre, l'agitation se faisaient plus intenses en même temps que cette lumineuse