Cavour au prince Napoléon, 26 novembre
craignait : les deux ministres mis en ballottage rentraient à la Chambre, quelques circonscriptions étaient sauvées du désastre. Dans l'ensemble, d'après le journal l'Espero, le parti ministériel sans réserves comprenait 80 députés, le centre droit 37, l'extrême droite 48, la gauche 38, dont 7 à 8 du groupe extrémiste.
Il n'y avait point à se faire d'illusions, et Cavour lui-même le reconnaissait : c'était pour le cabinet « une solennelle défaite i » qui mettait le président du Conseil dans une situation fort difficile. L'opinion du pays s'était exprimée avec tant de netteté, que la couronne, arbitre des partis, en devait tenir compte et engager une politique nouvelle : mais qu'en pensait Victor- Emmanuel ? Avec sa rude franchise, il se décida sans hésiter : « Faisons ce que nous devons faire, dit-il à son premier ministre, tenons ferme, et puis nous verrons2 ». Cavour contempla ce qu'à Londres on appelle « l'échiquier parlementaire », constata qu'avec un léger glissement vers la droite, il trouverait dans la Chambre les éléments d'une bonne majorité, qu'il pourrait façonner, contenir ou activer à son gré. On lui prêtait ce propos : « J'espère, grâce à beaucoup de prudence, pouvoir marcher avec les députés que le Pays nous envoie ; si la Chambre est impossible, j'aurai recours à la dissolution et ferai de nouvelles élections3 ». Ainsi agissait jadis le magister, qui soulevait ostensiblement son martinet devant des écoliers dont il doutait de la conduite.
Le 14 décembre, le Parlement entendit un discours du trône