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Cavour à Boncompagni, 23 novembre

2. Massari, Vita di Vittorio-Emanuele II, p. 220 : « On ne fera point un pas en avant en matière de lois ecclésiastiques, mais on ne reculera pas d'un poil », avait-il dit encore.

3. La Tour d'Auvergne à Walewski, 26 novembre 1857. — « Cavour luttera comme un désespéré jusqu'au dernier sang. » Castelli à Andréis, 20 novembre. Mazziotti, Lettere di un intima amico di Cavour, p. 11.

conciliant, comme de juste, mais contenant deux phrases bien venues, très sonnantes, Tune rappelant les « principes libéraux sur qui repose, désormais et de manière immuable, notre politique nationale », l'autre conviant les députés à travailler « pour la gloire du Piémont et de notre commune patrie italienne ». Fors le parti clérical, on applaudit avec chaleur; et la Chambre se mit à son premier travail, qui fut de vérifier les scrutins. Ce fut une belle mêlée : tout chauds de la lutte, les nerfs encore vibrants des émotions de la campagne électorale, les députés de l'ancienne majorité entendaient critiquer, protester, invalider sans douceur; les membres du parti clérical, vainqueurs mais relativement, ne voulaient point demeurer inférieurs en éclats de voix et d'indignation : quelle tempête au Palais ! L'occasion était bonne pour l'habile Cavour d'étudier son nouveau champ de bataille, et il put constater qu'il demeurait maître incontestable de la situation ; car la Chambre adopta une proposition de Cadorna décidant une enquête sur les menées du clergé pendant la période électorale, puis prononça l'invalidation, pour raisons de droit constitutionnel, de tous les chanoines, même de tous ceux qui avaient siégé dans la précédente assemblée : ainsi la majorité, pour être conservatrice, n'était point cléricale, mais il parut néanmoins nécessaire de lui donner un gage, afin qu'ayant dîné de l'autel, elle soupât du radicalisme. Et Rattazzi fut sacrifié. On parlait depuis longtemps de sa mort politique : profitant de l'équipée de Gênes, quelques amis de Cavour, qui ne l'étaient point de Rattazzi, avaient engagé le Président du Conseil à se séparer de son « imprévoyant » et « imprudent » collègue; le premier ministre avait déclaré d'abord qu'il n'en ferait rien1. Mais lès électeurs avaient si bien visé et

i. La Farina à Pallavicino, 12 et 20 juillet 1857.

atteint le ministre de l'Intérieur, des conseils si précis arrivaient à Gavour sur la nécessité de le « pousser dehors », — pour employer l'expression militaire du général La Marmora ' — que le chef du cabinet se résolut à abandonner Rattazzi à son malheureux sort. Mais il y avait deux difficultés : convaincre ce ministre et lui trouver un successeur. Car Rattazzi n'était point partisan du suicide, et, comme il demeurait le chef d'un groupe important, il convenait de l'amener en douceur à comprendre la pénible nécessité de son départ : il s'y décida, non sans amertume2. Et par qui le remplacer au ministère de l'Intérieur? On glissait déjà divers noms, mais Cavour pensa que l'homme en qui il pouvait avoir le plus confiance c'était Cavour lui-même : choix excellent d'ailleurs, car pour un pays encore agité de la fièvre électorale, à une Chambre comprenant nombre de nouveaux députés et dont la majorité n'était point encore dégagée, il fallait un ministre de l'Intérieur plein de ressources et d'autorité. Aussi le 14 janvier, Cavour reprit-il le portefeuille de Tlntérieur, tout en gardant les Affaires étrangères, mais en remettant les Finances au ministre de l'Instruction Publique, Lanza. Le véhément Brofïerio, saisi d'indignation, bondit à la tribune : son interpellation fit long feu devant la finesse souriante de Cavour et la parfaite correction de Rattazzi.

1. Annotation de La Marmora en marge d'une lettre de Cavour lui communiquant, le 5 décembre, une dépèche de Boncompagni sur les conditions du Piémont et les élections. Chiala, II, '28b.

2. Rattazzi à Castelli, 3 février 1858. Castelli, Il conte di Cavour, p. 249. Il écrivait avec plus de sérénité à Bixio, le 8 février : « Je n'ai aucun mérite pour avoir résigné le pouvoir, je n'ai fait qu'accomplir un acte de devoir... Vous savez mieux que moi que dans certains moments, le seul service que l'on peut rendre à. son pays est celui de s'éloigner de la scène politique. » Bibliothèque Nationale, Fonds Bixio, N. A. F.. 22.740, f° 202.

L'échec aux élections paraissait réparé. Dans l'intérieur du royaume, la supériorité de Cavour n'était pas contestée : qu'il s'agît d'administration, de finances, de travaux publics, de commerce, il n'était matière où il n'intervînt avec une autorité et une compétence sans rivales. « Je suis sur les dents », disait-il parfois1, mais il eût été navré et furieux qu'une décision fût prise sans qu'on le consultât. Car, suivant un mot juste et spirituel, en Piémont, gouvernement, Chambres, constitution, tout cela s'appelait Cavour-. Ses adversaires de droite et de gauche criaient à la dictature, à quoi il répondait en s'écriant : « Dictateur ! mais où sont les licteurs ? Tant que ne me manquera point l'appui du Parlement, je resterai à mon poste; s'il me fait défaut, je m'en irai. Je ne crois pas que ce soit l'habitude des dictateurs3. » A cette époque de sa vie où il était tout-puissant, jamais il ne fit un geste, ne prononça une parole qui émanât d'un autocrate : sans doute, il s'imposait, mais par son intelligence déliée, sa puissance de travail, son savoir toujours accru par une imperturbable mémoire. Quelque temps avant de quitter Turin, le duc de Gramont écrivait : « Le président du Conseil domine la situation par sa haute popularité..., il jouit en ce moment d'un pouvoir sans contrôle * ».

Cette autorité, il la mettait entière au service de l'idée italienne, car là était la seule fin de toutes ses actions. Sa pensée sur l'avenir de la patrie demeurait, dans ses conversations tout au moins, encore instable et flottante : mais un point était acquis, que l'unité nationale ne se pourrait faire

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