Mazziotti, Napoleone III e l'Italia (1925), p
crimes de Pianori en 1855, de Tibaldi en 1857, l'acte d'Orsini n'allait-il pas tuer définitivement en Napoléon toute bienveillance pour le pays qui lui envoyait de tels adversaires, et l'alliance franco-sarde ne s'était- elle point effondrée rue Le Peletier? « Les temps qui courent sont pleins de difficultés et de périls, écrivait Camille à ses amis; — l'attentat du 14 est venu accroître les difficultés de notre position » l, car comment sauver l'indépendance et la dignité du pays tout en conservant la protection de Napoléon? Or, «l'alliance française est la base de la politique du roi et de son gouvernement. Nous ne ferons rien qui puisse l'ébranler ; à moins qu'on ne vienne à nous demander ce qui est incompatible avec notre dignité et notre honneur national2. »
Un autre souci venait par surplus, la crainte que la contagion du crime ne suscitât un attentat à la vie de Victor- Emmanuel ; la police de Genève avait informé le consul sarde que des réfugiés préparaient l'assassinat du roi et de son premier ministre3. De Paris et de Londres, les légations royales annonçaient que le parti mazzinien organisait une nouvelle expédition sur Gênes. Enfin Cavour redoutait qu'un nouvel attentat fût préparé contre l'empereur et il en prévenait le ministre de France4. L'heure était grave.
Avisé du crime d'Orsini par le prince de La Tour d'Auvergne, Cavour répondit de suite en ces termes : « Prince, le roi me charge de vous exprimer la profonde horreur que lui a inspirée l'exécrable attentat qui a eu lieu hier à Paris et la
1. Cavour à Castelli, 31 janvier; à Rattazzi, 26 janvier 1858.