‹ Cavour et l'unité Italienne (volume 3)Chapitre 55 sur 347 · Cavour à Villamarina, 14 mars 1838. Bianchi, VII · texte numérisé non relu

Cavour à Villamarina, 14 mars 1838. Bianchi, VII

pour servir d'enseignement à l'Italie, pour la détourner du régicide et lui faire comprendre que le prince qui avait conspiré dans les Romagnes en 1831 restait fidèle à ses engagements.

La dernière lettre d'Orsini parut dans la Gazette piémontaise, journal officiel du royaume, le 31 mars, précédée d'une brève introduction1 qui l'annonçait comme arrivée « de source sûre », et la représentait comme un hommage « à l'auguste volonté qu'elle reconnaît propice à l'Italie », un désaveu des assassinats politiques, une indication « à la jeunesse italienne sur la seule voie à suivre pour rendre à l'Italie la place qui lui est due parmi les nations civilisées ».

L'effet de cette deuxième publication fut plus grand encore que celui de la première. Fort embarrassé, car tout se tramait en dehors de lui, M. de La Tour d'Auvergne constata « la profonde sensation » produite à Turin et l'émotion du corps diplomatique qui devinait « le consentement tacite du gouvernement de l'empereur » ; il y voyait une réplique aux attaques des gazettes officielles de Milan et de Venise et « un moyen de combattre dans le parti démagogique italien la funeste doctrine de l'assassinat politique2 »; mais il n'était pas content, car dès lors il prévoyait la contradiction de deux politiques françaises, dont l'officielle, la sienne, était combattue par l'action personnelle de l'empereur. C'est bien ce que pressentaient les hommes d'État de Turin, et le journal L'Opinione, qui passait pour être inspiré par Cavour lui-môme, soulignait habilement toute l'importance d'un acte provenant d'un souverain qui « regardait l'Italie comme une seconde patrie..., qui haïssait les tyrans et les étrangers qui la foulent aux pieds. Il a combattu pour la liberté italienne contre le

1. Rédigée par Cavour, Farini et Massori, alors directeur de la Gazette piémontaise. Massari, Il Conte di Cavour, p. 221 •2. La Tour d'Auvergne à Walewskï, 6 avril 1858.

despotisme théocratique... ses actes ne le démentiront pas1 ». Telle était l'opinion de toute l'Italie, et une immense espérance naissait, se portait vers le puissant empereur qui venait, si discrètement, d'indiquer ses secrets desseins. Dorénavant, même parmi les plus avancés, la foi se perd dans des mouvements insurrectionnels sans succès et dans le parti mazzinien qui écarte par ses excès les gouvernements les plus disposés à la bienveillance; la confiance va vers la maison de Savoie si habilement conseillée par Cavour, vers la monarchie qui prépare la révolution nationale2.

Le gouvernement sarde avait déposé, le 17 février, à la Chambre, le projet de loi sur la presse, dont l'insistance de la diplomatie française était la cause, et l'acquittement de La Ragione l'occasion. Les modifications demandées au Parlement ne portaient que sur peu de points, mais importants : l'inculpation d'apologie de l'assassinat politique était précisée et la peine accrue pour les conspirations contre les souverains et chefs d'État étrangers; les listes des jurés pour les procès de presse devaient être non plus tirées au sort, mais composées par les syndics des communes, assistés de deux conseillers municipaux.

Le projet fut mal accueilli, à la Chambre comme dans le pays, qui le tenaient pour une concession humiliante, accordée sous la pression d'un gouvernement étranger3. Au lieu de représenter l'opinion publique, disait-on, le jury ne représen-

i. VOpinione du 1" avril 1858.

2. Masi, Il Risorgimento, II, p. 468. Oriani, Lu lotta polilica in Italia, p. 600.

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