M°" Rattazzi, Rattazzi et son temps. I
tera plus que l'opinion du ministère, et ses jugements seront entachés d'arbitraire, perdront toute autorité morale1. Il apparut dès lors que la lutte serait vive : l'élection des membres de la commission ne fut point rassurante, car cinq étaient hostiles, deux seulement favorables, Buffa et Miglietti; la majorité choisit pour président Brofferio, le terrible Brofferio, l'adversaire personnel de Cavour; et la commission demanda que le ministère lui remît la correspondance avec le quai d'Orsay.
La situation du cabinet était très difficile, car il se trouvait pris, comme dans un étau, par une coalition des extrêmes ; suivant une manœuvre dangereuse et trop fréquente, «la droite avait voté tout entière pour des commissaires appartenant à l'extrême gauche », parce qu'hostiles au gouvernement2. «Un faux pas dans la discussion, écrivait Cavour, une fausse manœuvre suffiraient pour amener notre défaite3... Le ministère est gravement menacé. La droite et la gauche se sont alliées pour le renverser. Il est possible, il est probable même que leurs efforts réussissent à faire rejeter la loi sur la presse. Dans ce cas le ministère remettra sa démission entre les mains du roi*. »
La commission avait choisi pour rapporteur Valerio, de l'extrême gauche, qui déposa, au début d'avril, un rapport fortement documenté, étayé sur les travaux des criminalistes français, Faustin Hélie, Rossi, et concluant au rejet du projet de loi.
Les débals s'engagèrent le 13 avril par un discours du comte de LaMargherita, chef du parti réactionnaire ; il attaqua