Hùbner, Neuf ans de souvenirs, 30 avril 1858, II, p
3. « Exagération par esprit d'opportunité », constate Zanichelli, Cavour, p. 303. « Terrible habileté de mensonge», avait déjà écrit Oriani, La lotta politica, p. 600.
dû livrer une nouvelle bataille sur la question financière. Dans son grand discours du 16 avril, Cavour avait reconnu que ses efforts n'avaient pas réussi à assurer les ressources nécessaires au Trésor : on lui demandait ironiquement où en étaient « ces finances presque restaurées » qu'il avait promises deux fois ; elles n'étaient qu'en assez piètre état : une succession de déficits dans les budgets, les frais de l'expédition de Crimée, la construction des voies ferrées, le percement du Mont-Cenis, les fortifications d'Alexandrie, le transfert de la marine militaire à la Spezzia avaient mis le Trésor en si mauvais état que, pour le renflouer, le ministère se trouva dans la nécessité d'obtenir du Parlement un emprunt de quarante millions ; sans le dire nettement, on laissait entendre qu'à la veille de grands événements il était indispensable pour l'Etat d'avoir des finances saines. Le projet fut fraîchement accueilli à la Chambre, et, pour le combattre, se reforma, comme lors des débats de la loi sur la presse, la coalition des extrêmes, droite et gauche1, visant pour des raisons différentes un même but, qui était de renverser l'abominable ministère. Cavour dut donner de sa personne en prononçant un long discours, où il reprit son habituel ton de président d'un conseil d'administration2; mais les paroles ne suffirent point, il fallut passer aux concessions, et le chef du cabinet accepta de surseoir à la construction d'un grand arsenal à la Spezzia 3. Enfin le roi exposa à deux députés de l'aile gauche, Brofferio et Valerio, les raisons profondes et secrètes des crédits. Bref, l'emprunt fut voté par la Chambre le
1. Bersezio, Il regno di Vittorio-Emanuele II, VII, p. 24 et suiv. L'extrême gauche demandait de subvenir aux dépenses extraordinaires par Yincameramenlo des biens ecclésiastiques.