Minghetti, Miei Ricordi, III, p
L'ATTENTAT DORSINI. L'ENTRETIEN DE PLOMBIERES 85
Paris, François de Lichtenstein, envoyé par François-Joseph pour exprimer sa sympathie aux monarques français, et il était « comblé de politesses par l'empereur et l'impératrice ' » . On pouvait croire à un rapprochement de l'Autriche et de la France, et M. de Bourqueney, ambassadeur à Vienne, annonçait confidentiellement que Napoléon n'entreprendrait « jamais rien en Italie avant de s'être concerté avec l'Autriche ».
Victor-Emmanuel avait, de son côté, écrit une lettre autographe à Napoléon et chargé un de ses aides de camp, le général délia Rocca, de la remettre à son impérial destinataire. Le général arriva au lendemain de l'acquittement de la Ragione, et l'accueil du souverain français ne fut point favorable. Dans un long discours, qu'il pria l'envoyé de rapporter tout entier à son roi, Napoléon exhala ses plaintes et rancœurs contre le Piémont : « Vous n'avez pas de police, dit-il. La presse est beaucoup trop libre. Elle n'a point de respect pour la morale, la religion, pour l'ordre, pour les personnes. Vous n'avez pas des lois suffisantes pour la réprimer... Je dis donc au Piémont : j'aime votre pays, j'aime votre Roi, j'ai une grande sympathie pour votre drapeau, pour la cause qu'il représente en Italie, mais si l'on ne fait rien, si l'on ne trouve pas le moyen de réprimer la presse, protéger la morale et la religion, si l'on ne fait pas la police, mon amitié s'atliédira et je serai forcé de me lier étroitement avec l'Autriche. Alors qu'arrivera-t-il au Piémont? . . Votre seul allié, c'est moi. .. Je n'ai qu'à lever un doigt et mon armée, comme la France entière, marchera enchantée là où je lui indiquerai le repaire des assassins2. » Et, trois jours
i. Hubner, loc. cit., 8 et 19 février 1858, p. 1Ù5 et 109. 2. Délia Rocca à Victor-Emmanuel II, o février 1658. Bollea, Una silloge di lettere, p. 109.
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après, l'empereur remettait au général délia Rocca une réponse autographe qui, sous une forme plus adoucie, contenait pareilles récriminations : « Si le Piémont donne l'exemple d'un gouvernement libéral, mais ferme et maître de lui-même, il pourra toujours compter sur les sympathies et l'appui de la France. Si, au contraire, on voit une déplorable faiblesse dans les agents du pouvoir en faveur de la démagogie ; si on voit les journaux les plus incendiaires prêcher ouvertement l'assassinat et le mépris de la religion; si l'on sait que votre gouvernement n'ose pas sévir contre les agents de conspirations et de complots, quand même ils sont dirigés contre vos plus fidèles alliés, alors, je le dis à regret, je serai obligé, pour me défendre, de réprimer en moi toutes mes sympathies et de ne plus regarder le Piémont que comme un foyer d'agitation, dangereux pour tout le monde l ». En apprenant l'accueil fait à son envoyé par Napoléon, Victor-Emmanuel bondit de colère. « Le sang des comtes Verts, écrivait Cavour2, des Emmanuel-Philibert et des Victor- Amédée qui coule dans ses veines, a été révolté du langage si inconvenant de l'empereur. » Encore qu'il eût laissé vingt heures s'écouler avant de répondre, le roi écrivit une lettre furibonde au pauvre délia Rocca qui n'en pouvait mais : « Vous me rapportez quelque chose qui ressemble à des reproches ou à des menaces (choses auxquelles je suis fort peu habitué), surtout lorsque l'empereur parle de s'unir à l'Autriche contre nous si on ne s'exécute pas tout de suite à obéir à ses tolontés. » Et après avoir exposé avec verdeur les projets de son gouvernement sur la presse, la police, les émigrés, il ajouta : « Ne faites pas l'imbécile, cher général; dites-lui tout