‹ Cavour et l'unité Italienne (volume 3)Chapitre 61 sur 347 · Gavour à Villamarina, 9 février · texte numérisé non relu

Gavour à Villamarina, 9 février

cela de ma part et si les paroles que vous me transmettez sont les paroles textuelles de l'empereur, dites-lui, dans les termes que vous croirez (les) meilleurs, qu'on ne traite pas ainsi un fidèle allié ; que je n'ai jamais souffert de violences de personne ; que je suis la voie de l'honneur, toujours sans tache, et que de cet honneur je n'en réponds qu'à Dieu et à mon peuple. Qu'il y a huit cent cinquante ans que nous portons la tête haute et que personne ne nous la fera baisser; et qu'avec tout cela je ne désire autre chose qu'être son ami1. » Fières paroles.

Pour éviter de « faire l'imbécile », le général délia Rocca pensa s'en tirer au mieux en donnant communication de cette lettre à l'empereur, et il eut là une heureuse inspiration ", car les rudes protestations de Victor-Emmanuel, son savoureux langage, l'allière apostrophe de la fin, tout plut à Napoléon. Il déclara à délia Rocca « regretter infiniment que le roi ait été peiné par cette lettre », il ne voulait contrarier d'aucune manière la marche du gouvernement sarde, ne songeait point à un changement de ministère, respectait la liberté de la presse et les institutions du Piémont : il avait confiance en Cavour ; Victor- Emmanuel « était roi chez lui comme Napoléon était le souverain de la France... Au reste, on ne devait jamais se fâcher pour des phrases plus ou moins fortes entre amis. »8 Bref, un homme calmé.

Enchanté, le roi écrivit à l'empereur une nouvelle lettre,

1. Victor-Emmanuel à délia Rocca, 9 février 1858. Bolléa, p. 111 et suiv. Il renouvela son mécontentement à La Tour d'Auvergne : « Tout cela, lui dit-il, eut été évité si l'empereur, en réponse à ma lettre, m'eût fait connaître directement et d'une manière précise ce qu'il souhaitait de moi. J'aurais fait alors tout ce qui m'est possible pour le contenter. » La Tour d'Auvergne à Walewski, 14 février 1838.

2. Cette inspiration était due à Cavour. Cpr. à Villamarina, 9 févrierlSoS. Chiala, II, p. 301 ; Bolléa, p. 114.

3. Le général délia Rocca à Victor-Emmanuel, 13 février 1858.

décousue, pittoresque, où il lui annonçait que Mazzini avait été condamné à mort (par contumace) avec cinq autres pour les faits de Gênes, et le rédacteur en chef de Vltalia del Popolo, Savi, aux travaux forcés : « Sire, ajoutait-il, le comte de Cavour ne tremble pas, il est ferme à son poste autant que moi, il aime beaucoup Votre Majesté, et tous deux nous attendons l'avenir1 ». Et «r l'imbécile » délia Rocca était passé grand homme. « Je yous embrasse de tout mon cœur et je vous remercie, lui écrivait son maître, vous vous êtes tiré d'affaire d'une manière merveilleuse, mieux qu'un diplomate 2. »

La crise était conjurée et, on l'a fort justement observé, « un travail psychologique particulier se produisit dans la nature fermée, mystique, fataliste, nébuleusement imaginative3 » de l'empereur : c'est la seconde phase de son évolution. Pour la faciliter et la développer, le roi et Cavour employaient tous arguments, et, se méfiant des diplomates officiels, s'adressaient directement à Napoléon. A plusieurs reprises, Victor-Emmanuel lui envoya des lettres cordiales et joviales, habiles aussi, et « de nature à flatter la personne à laquelle elles étaient adressées4 ». Cavour entretenait également avec l'empereur une correspondance directe5, et, par délia Rocca6, par Villamarina7, il multipliait les argument en faveur de la cause italienne : par ses actes, le cabinet de

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