Mérimée à Gobineau, 3 juillet
3. C'est ce qui ressortira plus fortement encore de la publication des lettres de Bixio à Cavour conservées aux Archives de Turin ; mais l'intervention directe de Bixio dans le mariage est établie par les documents déjà mis à jour, notamment par les lettres que j'ai données dans la Revue Bleue du 2o septembre 1924.
jours ministre de l'Agriculture et du Commerce dans le premier cabinet du prince-président, avec lequel il avait rompu et qu'il avait combattu à l'Assemblée législative. Au coup d'Etat, il s'était constitué prisonnier pour rejoindre ses collègues. Rendu à la liberté, il s'occupait d'affaires. Il avait conservé de nombreuses amitiés à Turin et y était lié cordialement avec Cavour. En même temps, il était devenu assez intime au Palais Royal et à la villa pompéienne où le prince « bâillait son ennui ». Ainsi Bixio l'engagea-t-il à prendre femme dans la seule famille royale que lui-même connût. On avait pressenti jadis la duchesse de Gênes, belle-sœur du roi ; elle avait répondu que sa main n'était pas libre1. Dès septembre 1857, Bixio a songé à la princesse Clotilde, fille de Victor- Emmanuel, et s'en est ouvert à Villamarina qui en écrivit à son ministre; Cavour, mécontent, a cherché un moyen de « détourner ce péril2 », et ce projet semble abandonné. La princesse est bien jeune, seize ans à peine, « gracile », mais pour les filles de roi le mariage de raison n'attend pas le nombre des années et on pense à l'unir au prince Léopold de Hohenzollern3. Mais Bixio n'a point quitté son idée, il l'a élargie en un vaste projet, ne séparant point le mariage de la princesse et les destinées de l'Italie. Dans le courant d'avril, il remet, dit-on, à la légation de Sardaigne tout un plan d'alliance entre la France et le Piémont, dirigée contre l'Autriche et la condamnante disparaître de la péninsule pour faire place à une confédération italienne4 : le roi Victor-Emmanuel obtiendrait la Lombardie avec la Vénétie et il accorderait la main
1. G. Cipriani. Alla memoria di Napoleone terzo imperatore, dans Revue II Risorgimento de 1911.