La Tour d'Auvergne à Walewski, 24 novembre
2. Cavour à Bixio, 3 août 1858. Fonds Bixio, loc. cit., i" 69.
Cavour mandait encore à Bixio : « Nous espérons voir votre ami ici les tout premiers jours de novembre », et il décochait un trait piquant à ce mécréant de prince : « Nous ferons tout ce qu'il dépend de nous pour qu'il ne s'ennuie pas, si ce n'est que nous le mènerons une ou deux fois à la messe. Ce à quoi il est indispensable qu'il se résigne, s'il ne veut pas accumuler des nuages sur un front qu'il doit désirer de voir calme et serein1 ».
Au moment où Cavour écrivait ces lignes, le projet même de mariage était remis en question par les hésitations de la jeune princesse ; elle ne pouvait se prononcer avant d'avoir vu un homme dont le passé et le caractère l'effrayaient ; elle savait du prince ce que la chaste ignorance de ses seize ans pouvait deviner ; il n'avait rien du prince charmant qu'avait rêvé la jeune fille, du mari ferme et droit sur qui toute femme aime à s'appuyer au long du chemin de la vie.
Victor-Emmanuel était décidé à ne point contraindre sa fille et allègrement lui remettait la responsabilité de la décision; si elle n'était point favorable au prince, « père et premier ministre feront comme Pilate ; ils s'en laveront les mains », écrivait-il à Cavour2. Mais celui-ci n'acceptait point si facilement de remettre à une enfant une décision si lourde de conséquences. Avant de rien compromettre, « le père et le premier ministre » décidèrent de pressentir les intentions de Napoléon III en cas de refus et dépêchèrent à Saint-Cloud le souple et fin Constantin Nigra.
Le jeune diplomate arriva à Paris alors que le prince
1. Cavour à Bixio, 18 septembre 1858. Fonds Bixio, f° 73. La date n'est pas de la main de Cavour. Ces lettres in extenso dans Paul Matter, Sur quatre lettres de Cavour, Revue Bleue du 20 septembre 1924.
2. Victor-Emmanuel à Cavour, septembre 1858. Bolléa, Una Silloge, p. 123.
Cavour. — in. 8