‹ Cavour et l'unité Italienne (volume 3)Chapitre 81 sur 347 · CAYOL'R · texte numérisé non relu

CAYOL'R

Napoléon venait de partir pour Varsovie, disant à Bixio cette bonne parole : « Faites savoir à Turin que tout va mieux et plus vite qu'on ne pouvait espérer1 ». Oui! mais si la princesse refusait...

Nigra vit l'empereur le 1er octobre : aux premiers mots sur « les intentions du roi et de Madame Clotilde », Napoléon ferma son visage, devint « sombre et tranquille, les yeux ternes et fixes ». Avec d'habiles détours et retours de phrase, le subtil italien dit Victor-Emmanuel favorable à une alliance conforme aux intérêts politiques des deux pays ; mais sa fille était bien jeune, d'un âge point en proportion avec celui du prince, lui-même la laisserait libre de se prononcer selon sa conscience et son cœur, et la jeune fille désirait « voir de près et étudier l'homme qu'on voulait lui donner pour époux; d'autant plus que les renseignements qui étaient parvenus jusqu'à elle à l'égard du prince n'étaient pas tous en sa faveur » : caractère fougueux et impatient, ses emportements en présence même de l'empereur... Napoléon III écoutait toujours, muet et immobile : Nigra dut finalement s'arrêter; le souverain répondit alors qu'il tenait beaucoup à ce mariage et que le roi saurait à quoi s'en tenir à cet égard, car il allait lui écrire personnellement. Nigra se retira, avec cette conviction que, si le mariage ne se faisait pas, il était de toute nécessité d'ajourner l'entreprise en Italie ; Cavour quitterait le pouvoir, un nouveau cabinet reprendrait l'ancienne politique de Yaspettiva, une autre génération se chargerait du grand œuvre2.

La lettre annoncée par l'empereur ne fit que confirmer cette impression, car elle était, sous une forme polie, d'une

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