Cavour à E. de La Riie, 3 janvier
Si nous le faisons insipide, se disait-il, le roi sera furieux et les Italiens découragés. S'il contient quelques phrases un peu hardies, nous risquons de donner le feu aux poudres avant le temps1. » Il chargea le subtil Nigra de consulter l'empereur et de rédiger un « abozza », disons un « sketch » : finalement, tout son monde y mit la main, lui-même pour l'ensemble, La Marmora et Lanza pour la politique, Massari et Farini pour le style, et Victor-Emmanuel, bien entendu, pour les corrections finales2. Le tout fut soumis au Conseil des Ministres, et donna « quelque chose de triste et de décidé » : il y était question « d'horizon non complètement serein », d'assurances que le passé donnait « aux éventualités de l'avenir », et du ferme dessein « de remplir la haute mission que la divine Providence a assignée au pays». Mais ce ton conviendrait- il à Napoléon, sans lequel nulle hardiesse n'était loisible? On résolut de lui communiquer le texte, qui, parti de Turin le 31 décembre, parvint à l'empereur par l'intermédiaire de Nigra et du prince Napoléon. Le monarque trouva en effet le dernier paragraphe « trop fort », et chargea le chef de son cabinet civil, Mocquard, qui avait fine plume, de trouver mieux — si bien que le discours fut retourné à Turin avec quelque chose de « plus fort » encore, sur les « cris de douleur » qui s'élèvent de tous côtés en Italie. Cavour en fut quelque peu étonné3, mais point mécontent; le discours fut