Infra, p. 1% et suiv
'.i. Trcilschito. Cavour, loc. cit., p. 292.
4. M. F. Harrot et M. di" R'-'iscl, au ministre, 31 octobre, 16 novembre, 4" décembre 1850.
affirmait son hégémonie commerciale, et se désintéressait des aflaires italiennes.
Restait la France.
Sans doute, la France demeurait l'amie des petites nations opprimées : elle avait d'ailleurs avec le Piémont des intérêts communs, et il lui était profitable « de maintenir bienveillant et ami, entre ses frontières et celles de l'Autriche, un Etat intermédiaire, qui n'obéît pas à l'influence du cabinet de Vienne, qui ne lui offrît ni analogie d'institutions, ni confraternité d'armes, ni grandes facilités commerciales, et qui, sur le seuil de l'Italie, demeurât pour les autres Etats de la Péninsule, comme un exemple et un modèle de monarchie régulière et libre '■ » . Aussi la République conservait-elle toute sa bienveillance au petit royaume, prête au jour du danger à lui donner son puissant secours ; mais cette sjTnpathie se chargeait chaque année de plus de sévérité, à mesure que le gouvernement français se faisait plus clérical et le sarde plus indépendant. « Nous savons fort bien que notre conduite ne rencontre pas l'approbation de la France, et que vos hommes d'Etat républicains sympathisent beaucoup plus avec Rome qu'avec nous », écrivait tristement Cavour au comte de Circourt^, et non sans raison, car si les ministres du quai d'Orsay étaient croyants, comme DrouMi de Lhuys, ils étaient tout dévoués au Saint-Père; et, incrédules, ils pensaient d'autant plus nécessaire de donner des gages à leur maître, Louis-Napoléon, que sa politique intérieure forçait à ménager et flatter les cléricaux. Et de tous, le Piémont recevait de vives admonestations. Leur représentant à Turin, F. Barrot,
i. M. His de Butenval au marquis de Turgot, 13 janvier 1852.
2. Cavour au comte de Circourl, octobre 1850. Nigra, loc. cit. « Nous ne trouvons en France ni sympathie, ni appui «. écrivait-il encore au duc de Dino le 16 avril 1851.
Cavour. — ii. 11
qui se croyait en droit sous la République d'être républicain, avait été envoyé dans l'Amérique du Sud; son successeur, His de Butenval, exemplaire prématuré du modèle « Préfet du second Empire », ne craignait point de donner à ses protestations une forme « sévère et un peu hautaine ». Et le roi, en jurant, Azeglio en souffrant, Cavour en souriant, d'attester qu'ils avaient pour le pape la plus filiale vénération.
Chez le roi, ses ministres, son peuple, nul découragement, nulle lâcheté. Le pays vivait dans un calme laborieux, « dans une tranquillité absolue », écrivait la marquise d'Azeglio^; Cavour prétendait que « le Piémont est, pour le moment, le pays de l'Europe où Tesprit révolutionnaire est le moins actif et le moins dangereux" »; et l'aimable Reiset se plaisait à constater, quelques mois avant son départ, que « la population est pleine d'attachement pour son souverain et de respect pour les lois. Calme, patiente, laborieuse, elle n'a aucun goût pour les innovations et si elle suit volontiers ses chefs dans la voie du progrès, elle ne fera jamais rien pour les y pousser et les contraindre » . 11 insistait sur « le calme profond dont jouit le Piémont et qui fait grand contraste avec ce qui se passe en Lombardie, dans les duchés et dans les Romagnes, où l'on a tant de peine à maintenir le bon ordre, malgré l'état de siège et la présence de nombreuses troupes étrangères^ ». Gènes, seule, faisait exception par sa turbulence ; chaque mois, il y avait une petite émeute, mais sans importance, tant l'habitude on était prise.
Le régime parlementaire s'était implanté avec une rapidité remarquable dans un pays h peine sorti de l'absolutisme et