Cavour à E. de La Hi\e, 27 janvier
3. M. de Reiset au ministre des Affaires étrangères. 30 juillcl 1851.
qui venait d'Atre rudement secoué. Le Statuto n'était plus discuté que dans un petit groupe aristocratique, sans action sur le pays, mais ayant son influence à la cour, où il avait des adhérents jusque dans la famille royale; les vieux « codini », ou le parti de YArmonia^, regrettaient leurs privilèges et leurs préséances, réclamaient le rétablissement des pages et autres splendeurs désuètes, protestaient contre toute atteinte aux majorats et fidéicommis, et boudaient le roi parce qu'il demeurait fidèle à la constitution. Au début de Tannée 1851, on narrait dans les salons et les cafés que les réactionnaires préparaient un coup d'Etat avec l'appui du duc de Gênes et du prince de Garignan ; les racontars étaient tels que Gavour dut protester à la Chambre contre les bruits qui concernent d'augustes personnes, le gouvernement a pensé qu'il ne « fallait y répondre que par le silence. . . Le mépris en fera justice "... » De fait, nul prince n'aurait bougé, sachant combien le parti réactionnaire était impopulaire dans le pays. Il n'avait de situation, et même bien mince, qu'au Sénat, dernier refuge des serviteurs de l'ancien régime, dont le maréchal de La Tour tenait la bannière désuète ; à la Ghambre il ne pouvait guère compter que sur deux Savoisiens, MM. d'Avernoz et Costa de Beauregard.
Dans les deux Assemblées, la grande majorité appartenait au parti constitutionnel, très nuancé, suivant que dominait dans chaque membre le respect du passé ou le désir du progrès, mais, dans son ensemble, sage, prudent, modéré. A la Chambre, le parti radical, qui avait eu la majorité dans la précédente Assemblée, comptait encore une cinquantaine de députés sur 204, dont beaucoup de valeur et d'audace, Brof-
1. Codini, porteur de perruques à queue; VArmonia était la principale gazette des réactionnaires.