Cavour à la Chambre des Députés, 2 mars
ferio, Valerio, Sineo, Biifla, Rallazzi, Lanza, tous hommes qui avaient joué grand rôle dans les événements de 1848-49, qui espéraient bien reprendre un jour part au pouvoir, et qui ont été, en effet, étroitement mêlés à l'œuvre de l'unité italienne. Plusieurs avaient mis comme une sourdine à leurs exagérations d'antan et se réjouissaient secrètement de r ntrée de Cavour au ministère, car elle leur semblait de nature à les rapprocher eux-mêmes du cabinet ^ Ils se séparaient, non point brusquement, mais d'un geste doux et persévérant, des « purs » du parti, étroitement unis aux réfugiés des Etats oppi'imés, lombards, romains ou napolitains".
Le cabinet, affaibli par la lutte avec Rome, était plus estimé qu'admiré ou suivi ; l'aimable Massimo d'Azeglio répétait à droite et à gauche son mot favori : Lo Statuto ! nulla più nidla meno liello Statuto ^ ! ce qui constituait un programme un peu court; lui-même était trop souvent entravé par sa blessure de guerre, et ses collègues n'étaient que d'excellents commis; dès son arrivée parmi eux, Cavour exigea le congé du ministre de l'instiuction publique, Mameli, pour le remplacer par Gioja, réfugié de Plaisance*. D'ailleurs, le pays ne s'occupait guère de politique, fatigué de deux années de combats intérieurs et extérieurs, désireux de travail et de paix.
Un seul souci de l'opinion publique, mais il était profond et
1. Ces détails (^ap^^s une intéressante note de M. Jules Trcilhard, attaché à la légation de France, sur les deux Chambres piémontaises (novembre 1850), Archives des Affaires étrangères, Sardaignc, t. CCGXXVIII, f"' 32 et suiv. — C[»r. Castelli, // conte di Cavour, p. 39 et suiv. — Mazade, Le comte de Cavour, p. 60 et suiv.
2. M. Crispi, réfugié de Naples, collaboraitaux journaux du parti.
;}. « Le statut! ri(!n de plus ni rien de moins que le statut. » — M"* Rattazzi, Rattazzi et ses amis, I, 30.'>.
4. Il y avait ainsi deux ministres non sardes, Gioja cl Paleocapa.
justifié : la situation économique et financière. Pendant dixhuit mois, on avait dépensé sans compter pour les besoins de la guerre ; l'indemnité à l'Autriche était venue peser lourdement sur un budget déjà obéré : le bilan des recettes et des dépenses donnait un résultat désastreux, dont on indiquera le détail. En môme temps, et par une conséquence naturelle, les affaires commerciales, industrielles, bancaires étaient en pleine crise; l'argent se cachait; de fâcheux traités de commerce entravaient l'exportation des céréales, des laines, du vin, qui aurait pu fournir quelques ressources à l'Etat; les contribuables, gagnant peu, payaient difficilement. Ainsi, plus l'État avait besoin d'argent, moins il en pouvait trouver : budget en déficit, emprunts chaque jour plus onéreux, impôts mal répartis, — on allait à la débâcle.
Ici, Cavour remporta sa première victoire ^
Il agit en homme d'affaires et en homme d'État, qui voit grand. Point d'économies sur les moyens de production et de transport ; pas de rabotage sur les crédits de la guerre et de la marine ; point de retard dans le paiement des dettes publiques : payer, et toujours à l'heure convenue'. Mais un
d. « La période de 1849-1859, écrit excellemment Ernesto Masi dans son ouvrage, La Storia dfl Bisorgi7nento nei libri (1011), p. 129-iaO, est dominée par quatre grandes figures : Victor-Emmanuel II, Garibaldi, Mazzini, Cavour. Quelle diversité, quel contraste et quelle profonde antithèse d'origines, de tendances, de structure intellectuelle et morale, d'instinct, de passions et d'existence entre ces quatre hommes. Cependant, c'est leur coopération, forcée ou volontaire, qui fait sortir la révolution italienne de la période théologique de Giobeni, ou jneVap/it/si^ue de Mazzini, pour la faire entrer finalement, par l'exclusif mérite du comte de Cavour, dans la période positive ou expérimentale, la dernière, la décisive, qui, secondée certes par la fortune, mais mise en état de triompher par le génie politique de Cavour, la conduit à son triomphe final. »
2. « Si vous tenez à l'hégémonie de notre État, disait-il, il faut pagare e pagare, poi sempre pagare. » Raltazzi, I, 3U6.
ordre rigoureux dans radministration des finances, et un vigoureux essor de l'expansion économique, qui assure la richesse du pays et par là même du Trésor public ; tel est son programme, et c'est par le dernier chef qu'il en commence la réalisation.
Il savait que les finances de l'État sont faites des finances privées, et que les impôts rentrent aisément dans un pays prospère. Dans ses articles économiques, notamment à propos des chemins de fer*, il avait relevé les rapports des finances publiques avec la circulation de l'argent, et, arrivé au pouvoir, il reprend cette idée sur un nouveau thème. Il n'y a pas à craindre, disaitril, les mécontentements que peuvent soulever des impôts élevés ; le bien suprême auquel aspirent les peuples n'est pas le gouvernement à bon marché, mais un gouvernement qui développe les moyens de prospérité naturelle de la nation et qui tend à améliorer peu à peu la condition de tous les citoyens, et la première condition de ce progrès est la liberté ; les nations modernes supportent plus facilement de lourds impôts qu'une moindre dose de liberté". Conséquence normale de sa thèse : c'est dans la liberté commerciale qu'il va chercher un premier remède à l'inertie économique du Piémont.
Il avait été de tous temps partisan du libre échange, dès sa jeunesse, et comme de naissance ; le merveilleux développement du commerce et de l'industrie en Angleterre à la suite des réformes de sir Robert Peel lui avait inspiré des pages lînthousiastes^; ministre, il ne renie rien de ce qu'obscur