‹ Cavour et l'unité ItalienneChapitre 104 sur 247 · Supra, t. I, p. i'ôi et suiv · texte numérisé non relu

Supra, t. I, p. i'ôi et suiv

i. Discours de novembre 1851. Sur ce sujet, Durand-Henry, Les doctrine.^ et la politique économique du comte de Cavour, p. 162 et passim. — Carlo E. Ferri, // pensiem economico del conte di <'avour (l'J21). — Orsi, Cavour and Ihe makinçf of modem Italy. |». ISS et suiv.

'.i. Supra, t. I, p. i.i.ï et suiv.

laboureur il avait écrit, il y cherche la règle de ses actions et dans la loi anglaise de 1846 un modèle et un exemple. C'est donc à la réforme douanière qu'il s'attaque dès qu'il arrive au pouvoir; mais ici apparaît son esprit de prudence; brusque ment introduit dans un pays jusqu'alors habitué à la protection, le libre échange risque de susciter une crise redoutable, de tuer des industries naissantes, de priver l'Etat de ressources indispensables; il procédera donc par étapes, en ouvrant peu à peu les barrières des douanes, au besoin en se reprenant pour mieux faire, non par une loi d'ensemble, mais par une série de traités de commerce \ Et ceci est très significatif de sa manière, car, simple député, il a demandé en théoricien dans ses discours d'avril une loi générale et la suppression des tarifs ditïérentiels ; ministre responsable, il se contente de traiter avec chaque puissance pour abaisser les tarifs et ouvrir ainsi aux producteurs de son pays un accès plus facile sur les marchés étrangers".

Il trouvait, en arrivant au ministère du commerce, une négociation déjà engagée avec la France, le traité de commerce entre les deux Etats venant à expiration le 20 novembre 1850; le régime en vigueur n'avait donné satisfaction à aucun d'eux, la Chambre de Commerce de Gênes demandait la dénonciation du traité, et, — si la France n'acceptait pas de sérieuses concessions, — que le Piémont restât libre de tout engagement plutôt que de se lier sans profit; le gouvernement français désirait, au contraire, de larges réductions de tarifs sur ses articles d'exportation, et n'en acceptait que de modestes sur ses importations. Cavour s'empara de l'afïaire en homme de réalisation ; il se dit qu'une transaction même médiocre valait mieux qu'une guerre de tarifs, la première étant révi-

1 Cavour à M. de Butenval, ministre de France à Turin, avriM851. - Artom et Blanc, Œuvre parlementaire du comte de Cavour, p. 83.

sable, la seconde désastreuse ; il accorda quelques moditicalions à l'avantage de la France, en obtint d'autres au bénéfice du royaume ; l'aimable Reiset courut à Paris, revint à Turin \ montrant à chaque gouvernement l'avantage de nouvelles concessions; bref, dès le 5 novembre 1850, étaient signés le nouveau traité de commerce et de navigation et une convention sur la propriété littéraire.

Il faut le reconnaître, ce premier essai n'était guère heureux, un « pauvre traité », ainsi le baptisait-on à Turin ; Gênes et la Savoie se déclaraient très mécontentes . Or, il fallait le soumettre au Parlement, d'Azeglio et Cavour s'attendaient à une opposition assez sérieuse à la Chambre ; tous deux avaient d'ailleurs déclaré à leurs amis qu'en cas d'échec, ils se retireraient'. Heureusement, le Parlement était rentré de ses vacances annuelles pénétré d'un esprit de conciliation et de bienveillance ; le discours du trône, inspiré de mêmes sentiments, fut accueilli avec enthousiasme, et pour la première fois de sa vie, le roi Victor-Emmanuel sentit monter jusqu'à lui, dans les acclamations, un effluve de sympathie, « compensation des angoisses passées et des douleurs souflertes^ ». L'élection d'un Président, Pinelli, et d'un Vice-Président, Buoncompagni, très favorables au cabinet, manifestait la bonne volonté de la Chambre. Et même Brofferio, chargé un peu par hasard de rédiger la réponse au discours royal, le terrible Brofferio rentra son tonnerre et se montra bénin.

Cavour profita de cet esprit de concorde et se hiHu de déposer son traité à la Chambre. Les débats furent sérieux, sans violences : le 21 janvier 1851, Cavour appuya le projet d'un solide discours, fortement documenté, avec un exorde

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