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Cavour au ministre de France, avril

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fort avantageuses pour ses huiles, son sel, et ses marbres*.

Et, aussitôt, s'engagèrent des négociations d'une autre étendue, avec l'Angleterre. Un ancien traité de navigation et de commerce devait expirer en octobre ; le Piémont en demandait le renouvellement, non sans quelques rectifications ; le gouvernement anglais accepta, mais à la condition de recevoir le traitement de la nation la plus favorisée. Il en fut convenu sans difficulté ; tout rapprochait les deux pays, leur régime politique, une pareille tournure d'esprit chez leurs hommes d'Etat, — mylord Camillo^ plaisantait-on jadis à Turin, — et jusqu'à leur éloignement territorial qui empêchait tout incident de frontières ; le traité fut signé le 27 février 1851.

Gavour présenta en même temps à la Chambre les conventions avec la Belgique et l'Angleterre ; il s'attendait bien à quelque opposition, et, en effet, un adversaire digne de lui se présenta, le comte de Revcl, « armé de toutes pièces et qui croyait le pulvériser ». Mais Camille s'était imprégné de son sujet, et sans notes, présenta une discussion « vraiment lumineuse, admirable* », dans ses deux discours des 14 et 15 avriP. C'est un plaidoyer habile et spirituel de la liberté commerciale : (f Le gouvernement, disait-il, croit que le pays doit marcher vers le libre échange, avec résolution et fermeté... Il préfère les réformes aux révolutions et pense que les industries qui doivent leur existence à la protection, qui ont été longtemps entretenues et favorisées, ont droit à des égards. » Ainsi conclure des traités, chacun entraînant un autre, c'est le vrai progrès, « avec ménagement ». Et le ministre termine par une charge à fond contre la doctrine protec-

1. Cavoiir au marquis Kmmanucl d'Azeglio à Londres, 27 janvier 1851.

2. Marquise dAzeftlio à son fils, tt avril 4851. .{. Traduclion Arloni et Blanc, p. I:i0 à 149.

lionniste, v l'allié le plus puissant du socialisme, dans l'ordre intellectuel bien entendu, car elle part absolument du même principe : réduite à sa plus simple expression, elle affirme le droit et le devoir du gouvernement d'intervenir dans la distribution, dans l'emploi des capitaux; elle affirme que le gouvernement a pour mission, pour fonction de substituer sa volonté, qu'il tient pour la plus éclairée, à la volonté libre des individus ». Le rapprochement était ingénieux, et le discours était semé d'habiles flatteries à l'Angleterre. Les deux conventions furent votées par les Chambres sans tarder. Et d'autres suivirent immédiatement avec la Prusse et la Suède, môme des négociations s'engagèrent avec l'Autriche, qui prirent un temps plus long avant d'aboutir à un traité de commerce et navigation.

Or, il advint que le traité franco-sarde excita un vif mécontentement en France, spécialement par sa clause sur le traitement de nation la plus favorisée, et M. de Butenval fut chargé d'exposer à Gavour les doléances de son gouvernement; le malin ministre répondit par une longue lettre d'explications \ et proposa une convention additionnelle ; il réalisait ainsi son sage dessein, de progrès par étapes. L'acte additionnel fut signé le 20 mai 1 851 ", et suivi presque immédiatement par des traités avec la Suisse, le ZoUverein, les Pays-Bas, enfin en novembre avec l'Autriche.

Sans secousse, presque sans bruit, Gavour avait ainsi transformé le régime douanier de son pays, et cette simple réforme eut les suites les plus heureuses pour l'avenir du Piémont : résultats économiques d'abord, car les affaires prirent immédiatement un tel élan, les exportations de soieries, huiles, bétail, riz, vins se firent si nombreuses que les recettes

1. Gavour au ministre de France, avril 1851; Cbiala, Lettere, I, 440.

2. Infra, p. 188, les incidents lors de la ratification du traité.

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douanières ne subirent aucune perte, malgré la diminution des droits d'entrée^; conséquences politiques, plus riches encore ; le Piémont sortait de son isolement, il n'était plus le vilain mis à l'index par les peuples sérieux, mais un sage dont tous recherchaient l'alliance ; et le pays prenait confiance en lui-même, enrichi par l'essor du commerce et de l'industrie, fier de son importance, certain de reprendre à son profit le mouvement d'unité italienne. La réforme douanière de Cavour vaut l'abolition des droits sur les céréales par Robert Peel".

Le département du Commerce comprenait l'Agriculture et l'Industrie : celles-ci ne demandaient pas grand travail au ministre qui comptait sur les nouveaux 'jarits pour en assurer le développement. Cultivateur lui-même, il cherchait à iaciliter à ses confrères l'arrivée des engrais et le transport de leurs produits à l'étranger; industriel, il donnait toute son attention aux fabriques de produits chimiques, — il s'y intéressait de longue date^, il s'efforçait d'obtenir le rattachement des chemins de fer suisses aux lignes piémontaises pour réunir le lac Majeur à la vallée du Rhin*; et, sachant qu'il n'est pas de bonnes usines sans travailleurs instruits, il envoyait soixante ouvriers visiter l'exposition de Londres ^

Le département de la Marine lui donnait beaucoup plus de mal. Après avoir réorganisé l'Etat-major chi ministère en mettant à sa tête le commandant Serra — « ce n'était pas un aigle, mais il avait toute la capacité qu'il fallait® », — après

1. Bolliiii KiiiK, Uisluire de iunilé i/alienne, t. I, p. 425.

-. M. Fi-rri, // pensiero economico di Cavour, a fort bien montre' que pour <('liii-(i les irailfs de commerce étaient comme une ùbauche imjjarlaite du libre echangisme, auquel lui-môme demeurait lidôie.

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