‹ Cavour et l'unité ItalienneChapitre 109 sur 247 · M. de Butenval au général de la Ilitte, 12 janvier · texte numérisé non relu

M. de Butenval au général de la Ilitte, 12 janvier

Spezzia, commercialement par une concurrence établie à Gênes contre Trieste, politiquement par le développement de l'autorité piémontaise en Italie et jusqu'en Orient. Il complétait la politique de libre échange en préparant le port et les docks qui recevraient les marchandises dont les nouveaux traités faciliteraient l'exportation ou l'importation. 11 n'avait qu'un inconvénient, de coûter cher, très cher, à un Etat lourdement chargé. Cavour essaya d'en alléger la dépense, en traitant pour l'installation des docks avec une puissante société internationale, et, ce projet ayant échoué, avec le concours de la ville de Gênes ; la question n'était point encore réglée définitivement lorsqu'il quitta le ministère*, mais grâce à son énergie de Président du Conseil, fut créé le port de Gênes dont l'importance commerciale et politique a répondu aux espérances les plus étendues.

Il ne s'absorbait pas dans ses deux départements ; son activité joyeuse débordait sur les affaires de ses collègues ; il était devenu le grand Ministre.

Chaque matin sous les arcades de la rue du Pô passa pendant une douzaine d'années, — sauf deux interruptions de quelques mois, — un petit homme replet, rasé de frais, l'œil pétillant de malice derrière le cristal des lunettes, le sourire sur les lèvres charnues d'un bon vivant ; avec la marchande de fleurs ou le petit décrotteur il échangeait quelques plaisanteries en patois piémontais, puis de son pas tranquille disparaissait dans le Palais des ministères, et de leurs magasins, avec indifférence d'abord, avec sympathie bientôt, puis

1. On en lira le détail dans la correspondance avec E, de La Roe, de Gènes; Bert, Nouvelles lettres de Cavottr.

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avec une admiration chaque année plus nuancée de tendresse, guettant sur le visage du passant les nouvelles du jour, — les boutiquiers murmuraient : Papd Ca7nillo * .

Il s'était imposé avec une incroyable rapidité, forçant les louanges de ses adversaires et môme de ses amis. Il était enfin en pleine possession de la langue italienne, qu'il maniait sans somptuosité, mais avec clarté, parfois avec esprit et pittoresque — et il parlait de tout, de finances et de travaux publics, d'administration et de politique, de lois électorales et de bilans^; le Président du Conseil étant souvent malade, Camille était devenu le leader du cabinet, de la majorité, du pays. « Son nom, écrivait-on dès janvier, s'est trouvé rattaché à tous les incidents qui ont marqué cette dernière quinzaine ; soit qu'on entende le servir ou le compromettre, on semble d'accord pour s'occuper de lui... Bien ou mal, administration ou politique, c'est M. de Cavour qui, entré au ministère il y a deux mois, modifie, entreprend, dirige tout et prépare le terrain où, dans un avenir prochain, il prétend demeurer le maître ^ » Son Président du Conseil en était pétri d'admiration et d'étonnement : « Cavour est réellement fort utile à la Chambre, écrivait-il ; il nous manquait un batailleur et il s'acquitte de ce rôle avec beaucoup de verve et de talent... C'est un véritable coq de combat*. »

En ce début de 1851, les débats importants se multipliaient, comme par un singulier efîet du hasard, et l'invalidité d'Azeglio, la médiocrité des autres ministres obligeaient Cavour à

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