‹ Cavour et l'unité ItalienneChapitre 110 sur 247 · Pietracqua, Papa Camillo. Memoriee note, Turin · texte numérisé non relu

Pietracqua, Papa Camillo. Memoriee note, Turin

2. Massari, // conle di Cavour, \). 67. « Cavour, orateur du minislëre », dit trf'S jii.stcmenl Bersezio.

3. M. de Biitenval au ministre des Affaires étrangères, 17 janvier

4. Massimo d'Azeglio à Sir Ralph Abcrcromby, 20 décembre 1850, 31 janvier I8iil.

y intervenir au nom du cabinet. Les plus graves portaient sur les démêlés du royaume avec la cour pontificale, qui avaient surexcité l'opinion publique en Piémont, et Cavour lui-môme écrivait : « La conduite politique de la cour de Rome est tellement absurde, tellement anti-nationale qu'il est impossible de rétablir une entente cordiale entre le Piémont et le Saint-Siège*. » D'aucuns voulaient tout brusquer, et^le bouillant Brofïerio demandait à la Chambre en janvier 1851 que les biens du clergé fussent immédiatement déclarés propriétés de l'État et vendus à son profit ; Cavour dut improviser une réponse qui ménageât l'avenir : « Le Ministère ne croit pas qu'il soit opportun ni utile de procéder par voie sommaire à Tincamération des biens ecclésiastiques, il considère comme funeste cette mesure telle que l'a proposée l'honorable préopinant. Le Ministère croit que l'on peut faire une meilleure répartition de ces biens, et il s'occupe activement de ce travail ; pour le terminer, il était nécessaire d'avoir réuni des données statistiques précises, je crois que ce travail est déjà fort avancé et que le Ministère pourra bientôt, avec les éléments qu'il a recueillis, prendre des mesures définitives... La réforme la plus utile, la plus conforme aux intérêts de la Religion et de l'État, consiste donc, selon moi, non dans l'incamération des biens du clergé, mais à provoquer une plus juste répartition de ses revenus. Pour ces motifs, le Ministère s'oppose à l'ordre du jour du député Brofferio et invite la Chambre à le repousser. » (Nombreux signes d'approbation.) Fureur du parti clérical, car le ministre n'avait pas dissimulé l'intention du gouvernement d'attribuer aux modestes desservants partie des revenus des riches évêchés et bénéfices, même de procéder à cette répartition sans le

1. Cavour au duc de Dino, 16 avril 1850 ; cpr. à La Marmora, 27 juillel 18o:2.

Cwonr. — II. 42

concours de Rome. El le chef du cabinet, obligé à une politique balancée, protestait qu'il « était essentiel de renouer le plus tôt possible les négociations avec Rome », et que spécialement « il mettrait sur le tapis la question de l'abolition des dîmes de Sardaigne^ »,

La discussion reprenait, quelques semaines plus tard, sur le budget de l'Instruction publique et à propos des traitements des professeurs de théologie dans les séminaires. La loi du i octobre 1848 avait réservé à l'Etat un certain contrôle sur cet enseignement, rétribué sur son budget ; mais deux séminaires avaient lermé leur porte aux professeurs nommés par le ministre, et la gauche en prenait raison pour demander que le gouvernement exerçât sur ces établissements « une surveillance directe et immédiate », sous peine de suppression des allocations. Grand débat à la Chambre, où Cavouiprononça « non comme ministre, mais comme homme politique », un discours finement nuancé : « A exercer un tel contrôle, difficile à pratiquer, qu'aurez-vous gagné ? Vous aurez fait dépendre l'enseignement ecclésiastique du pouvoir civil, et donné commission au pouvoir exécutif de faire suivre dans les écoles de théologie et de morale les doctrines que vous estimez les meilleures. De là, de toute nécessité, l'obligation pour le Conseil des ministres d'avoir à décider parfois des questions de théologie et de morale. Or, j'ai beaucoup de confiance dans les lumières et la sagesse de mes honorables collègues, mais je ne me crois pas obligé de voir en eux des autorités compétentes en celte matière. . . Sans doute, la liberté d'enseignement aura des inconvénients. . . mais quelle est la liberté qui ne porte point de fruits amers... Pour Dieu, messieurs, ne débutons pas dans la voie des réformes en posant

i. Reiset. Mts Souvenirt, T, 468.

un principe d'absolutisme, une négation d'une de nos plus précieuses libertés * . »

Déjà dans cette lutte parlementaire, Siccardi, le ministre des lois ecclésiastiques d'avril 1850, s'était effondré sur son budget ; tout le chœur de la gauche, Brofferio, Sinéo, etc., l'interpellaient sur le mariage civil, sur l'attitude réactionnaire de certains chefs de Cour et de Parquet, sur l'inamovibilité de la magistrature, laquelle, définitive en mars seulement, permettait encore quelques exécutions ; accoutumé à triompher des vieux codinP avec l'aide de ceux qui l'attaquaient si véhémentement aujourd'hui, d'ailleurs fatigué, malade, Siccardi perdit la tête et balbutia ; alors Brofîerio reprit l'attaque avec sa verve accoutumée ; et bientôt il apparut fort clair à la gauche indignée que l'auteur des lois d'avril n'était qu'un pâle réactionnaire. Cavour alors vint « à la rescousse », et surmonta la tempête par quelques souples mouvements de gouvernail. — Le gouvernement, dit-ilen substance, ne peut consentir à ce qu'on déverse le blâme, la défiance, le soupçon sur l'ordre entier de la magistrature, il ne peut dresser une enquête générale sur sa conduite passée. Le Statut o n'étant point sorti d'une révolution et n'ayant point été le résultat de la victoire d'un parti sur un autre, il ne peut point inspirer des haines ni conseiller des vengeances. Le gouvernement reconnaît cependant l'importance des changements introduits dans notre condition politique par le Statuto, ces changements lui imposent le devoir d'éloigner quelques-uns de ses membres ; et, si douloureux que soit cette séparation, le gouvernement aura le courage de le faire. »

1. Cavoar à la Chambre des Députés, 14 mars 18âl. Artom et Blanc, p. 174 et suiv.

i. Cavour à E. de La Rue, janvier 1851 ; Azeglio à Abercromby, 31 jae- ▼ier 1851.

(Marques d'approbation générale. Plusieurs voix à gauche : « Bien, nous sommes d'accord. ») Après avoir montré l'exagération des critiques adressées par les orateurs de l'opposition, il termina en affirmant que le Cabinet était résolu tout ensemble à combattre toute tentative d'usurpation des partis extrêmes, et à développer les idées libérales ; « plutôt que de s'écarter de cette voie de progrès, le ministère préférerait abandonner le pouvoir^ ». Le lendemain, Siccardi donnait sa démission, et le ministère de la Justice demeura vacant, l'inévitable Camille tenant l'intérim, non des services, mais au Parlement.

Et qu'il s'agît de parler sur la réorganisation de la Banque nationale ou sur les bruits relatifs aux menées de l'Autriche et du parti réactionnaire, sur les tfEutés de commerce ou sur les troubles de Gênes, plus il avait de projets à soutenir, d'interpellations à contredire et de combats à conduire, plus a ce diable de petit homme » était heureux ; il était devenu le chef véritable du gouvernement : « Avec lui, je règne et ne gouverne pas », disait sans jalousie l'aimable chevalier d'Azeglio^ D'autres étaient moins généreux et supportaient diffi- <-ilement l'autorité du jeune ministre, mais il les houspillai( tt ils marchaient en murmurant^; s'ils résistaient, Cavour menaçait de sa démission « un peu brusquement^ », et ils cédaient, car « on ne pouvait plus se passer de lui^ ».

Au milieu d'avril, la démission de M. Nigra amenait

1. Cavour k la Cliambre, 30 janvier 1851. Le gouvernement se borna, quelques semaines après, à prononcer deux ou trois mises à la retraite.

i. Propos d'Ajieglio à Torelli. Zanichelli, Cavour, p. 210.

3. Azeglio exagérait avec bienveillance lorsqu'il écrivait le 30 décembre à Abercromby : « Cavour a démenti sa réputation d'homme difficile à vivre, et la pai.x la j)lus profonde régne dans le ménage ministériel ».

4f Cavour ^i d'Azeglio, avril 1851.

h. M. de Bu'.enviil à M. Baroche, 17 mai 18j1.

Cavour à prendre, outre ses deux ministères, du Commerce, et de la Marine, le département des Finances et à donner bientôt toute sa mesure d'homme d'Etat. Ainsi se justifiait la prophétie de Victor-Emmanuel, qui disait à ses ministres lors de l'entrée de Cavour au Conseil : « Il vous prendra tous vos portefeuilles^ )>.

M. Nigra était un bon citoyen et un honnête homme ; banquier à Turin, un des chefs de l'importante maison Nigra frères, il avait accepté en mars 1849 d'abandonner ses affaires et de prendre le ministère des Finances pour l'appuyer de sa réputation et de sa compétence ; il avait exercé ses fonctions avec un tel désintéressement qu'il n'avait pas voulu que ses frères servissent d'agent à la banque Rothschild lors d'un emprunt sarde, et, qu'un jour où le Trésor était épuisé, il prit à son compte 400.000 francs dans sa banque et paya toutes les échéances. Mais il s'épuisa à une tâche trop lourde : l'indemnité à l'Autriche, les dépenses de l'armée, les subventions des nouveaux chemins de fer, l'intérêt des emprunts constituaient une charge écrasante ; déjà les partis extrêmes et mécontents, vieux réactionnaires, radicaux ardents, montraient « le spectre de la banqueroute ». Alors Nigra faisait appel à M. de Rothschild, qui venait à Turin et consentait un large prêt, ou à Cavour, qui, simple député, lui préparait parfois ses discours^, et ministre lui prodiguait les bons conseils : mais Camille aimait plus agir que conseiller, il trouvait

1. Une amusante série de caricatures, dans le Fischietto du 25 avril 1851, le représentait montant au mât de cogagne pour décrocher le portefeuille des Finances, et, à la fin, tirant les bottes d'Azegiio. Cavour en rit, — mais fît retirer l'édition. Marquis d'Azegiio î\ son fils Emmanuel. 8 mai 1851.

i. Cavour à de La Rue, 2 août 1849.

iSi GAVOUR

que son collègue « pataugeait ^ », les deux ministres avaient de menues mais irritantes discussions ", Nigra se sentait fini, au début d'avril il se retira « laissant, dit son indulgent collègue, la situation compromise, mais, certes, non désespérée »,

Le jour même où il prenait les Finances, 8 avril 1851, Cavour donna ordre à ses services d'arrêter immédiatement au 1"' avril 1851 les comptes de toutes les administrations chargées des dépenses et des recettes : le ministre pourrait ainsi connaître exactement la situation financière du pays, former un plan pour parer aux nécessités du présent et pourvoir aux besoins de l'avenir*. Le travail fut fait rapidement ; les Chambres étaient pressées ; Avigdor, de l'extrême gauche, avait déposé une demande d'interpellation sur la situation du Trésor ; surtout il fallait profiter des trois derniers mois de la session parlementaire pour obtenir le vote des mesures de salut financier.

Voici le résultat de ses études : le budget de 1850 s'était soldé en déficit de 12 millions, qui, s'ajoutant aux soldes antérieurs, constituait un arriéré passif de 184 miUions ; ce chiffre était susceptible de fortes réductions, en faisant disparaître des comptes de l'Etal certaines grosses dépenses qui ne devaient pas être effectives ou pouvaient l'être sur exercices ultérieurs ; on allégeait ainsi le passif de 62 millions. Le budget de 18">1 j)résentail un déficit de G8 millions, qui, diminué des mêmes 02 millions, retombait à G millions. Au total, on se trouvait en présence d'un « trou à combler » de

i. Gavour ii de La Hue, 7 mars ISiil.

Page 1