Cavour à d'Azeglio, avril
3. A sa sortie du ministère, en avril 18.)2. Cavour rôdigea un «mémoire sur les ojx'ra lions (inancit'res opérées sous le ministère de M. de Cavour », évidemment plaidoyiT pro domo sua. mais loyal. (Chiala, I, p. 561 et
8UÎV.)
100 à 120 millions, chifîre énorme pour l'époque et un petit État, mais que Gavour comptait trouver sans trop de difficultés.
Seulement, la situation du Trésor était fort inquiétante : on avait compté dans les ressources budgétaires une somme de 102 millions, constituée en deux emprunts dont l'un n'avait été réalisé qu'en partie et l'autre pas du tout. Pour couvrir les déficits successifs, Nigra s'était adressé à la maison Rothschild, de Paris, qui avait placé des portions d'emprunt et fait une avance personnelle de 25 millions contre des rentes en gage : elle se déclarait prête d'ailleurs à de nouvelles avances, très honnêtement', mais à des conditions qui mettaient l'Etat sarde sous sa dépendance. Enfin la Banque du Piémont avait également fait des avances, 18 milUons, mais moyennant le cours forcé de ses billets.
A cette situation compliquée, quel remède apporter?. Ici Cavour agit vite et fort. Il décida : 1° d'émettre au moyen d'une souscription pubhque dans le royaume les 48 millions nécessaires pour rembourser la banque du Piémont et faire cesser le cours forcé des billets ;
2° « De sortir le Trésor de la dépendance de la maison Rothschild », en refusant toute nouvelle avance et en rem-' boursant sa créance de 25 millions par la vente des rentes qu'elle avait en garantie;
3° De contracter un emprunt, garanti spécialement sur les chemins de fer de l'Etat, assez considérable pour nettoyer le passé sans qu'il fût nécessaire d'émettre l'emprunt déjà autorisé par le Parlement mais non réalisé par Nigra.
Plan simple, clair : le tout était de le réaliser.
Dans l'avenir : gérer les finances publiques avec une pru-
1. « Le pays a eu à se féliciter de ses rapports avec le grand banquier israëlite ». Mémoire de Cavour.
dence rigide ; supprimer toute dépense non indispensable ; se refuser à toute nouvelle dépense qu'on ne fût pas sûr de payer à l'échéance ; pour ce qui est dû, « payer, encore payer, toujours payer » ; réorganiser le système des impôts ; ne point craindre les difficultés, même avec les autres ministres, quitte à se voir taxé d'ambitieux visant à l'omnipotence, car « ce n'est qu'en faisant cesser tous les abus que nous pouvons espérer nous tirer d'afîaire » '.
Quatre semaines durant il travailla à ce projet, sans rien abandonner de ses autres occupations, « menant trois négociations commerciales de front, une avec la France, une autre avec la Prusse, une troisième avec la Suisse, traitant activement avec les grandes compagnies commerciales anglaises, d'emprunts, de commissions, de chemins de fer, de docks, etc., et débattant avec elles l'avenir économique de son pays, soutenant dans les deux Chambres et aux séances de commission tous les projets relatifs aux trois départements ministériels qui lui étaient confiés, et trouvant encore le temps et la force de discuter et de trancher, souvent, les questions qui ressortent des attributions de ses collègues^ ». Il abusa de ses forces, tomba malade, se releva avec souplesse et le 8 mai présenta ses propositions à la Chambre.
C'est un des plus importants discours de sa carrière et des plus caractéristiques de sa manière : point de grands gestos ni d'onomatopées ou de prosopopées, mais le ton d'un administrateur-gérant exposant aux actionnaires la situation d'une société financière. Afin de pouvoir apprécier l'état actuel des finances, dit-il en substance, il est nécessaire de tracer l'esquisse des bilans depuis l'année 1817 jusqu'au 31 mars dernier et de faire remarquer la complication du mécanisme
i. Cavour à Auguste de La Rive, i'i août 1851. 2 M. dr Butenval .'i M. Baro<h(', 17 mai 18r)l.
(le notre comptabilité. Ceci fait, il aborde les exercices de 1848 et 1849, il explique toutes les opérations de crédit avec lesquelles on a fait face pendant ces deux années aux services publics, aux dépenses de la guerre, à l'indemnité autrichienne ; il détermine exactement le déficit actuel; enfin, et c'est la seconde partie de son exposé, il détaille ses projets (tels que nous les avons déjà relatés) pour apurer la situation actuelle et rétablir l'ordre dans les finances nationales. Sans dissimuler les difficultés extrêmes du Trésor, il espère que ses propositions pourront les surmonter. Et il termine par des paroles de confiance et d'espoir dans la vigueur de la monarchie renouvelée, renforcée par le nouveau régime.
Avant d'approuver les projets de Cavour, la Chambre nomma une commission pour en examiner le détail ; l'étude tut approfondie et donna des conclusions favorables ; le rapporteur, M, Carquet, un des députés les plus bruyants de l'opposition, déclara « qu'on pourrait prendre les calculs du ministre pour base des mesures financières que réclamait l'état du pays ». 11 n'y avait plus qu'à passera leur exécution.
Le ministre commença par émettre l'emprunt intérieur en offrant au public 18.000 obligations de 2.000 francs au taux de 90 francs et intérêt de 5 p. 100 : ce taux était hardi, car le même titre était coté 80 à 82 francs aux Bourses de Paris et de Turin ; mais, bien conduite, l'opération donna « un résultat magnifique ' », les banques souscrivirent par dévouement patriotique, les petits rentiers étaient attirés par des primes, si bien que 33 millions furent offerts, à peu près le double de la somme demandée. C'était un beau succès, fécond de conséquences financières, car il permettait d'apurer une partie du déficit et de lancer l'emprunt extérieur sous les