Cavour à Castelli, 22 juin
ISt; GAVOUR
meilleurs auspices, plus riche encore de suites politiques, car il donnait au pays confiance en lui-même et sûreté dans son avenir.
Dès qu'il avait reçu l'approbation du Parlement d'émettre un emprunt extérieur, Gavour avait engagé des négociations avec les financiers anglais ; il voulut avoir sur place un homme de confiance et d'autorité et s'adressa à son sévère critique d'avril, le comte Thaon di Revel '■ ; le choix était bon, car le noble envoyé remplit sa tâche avec autant d'habileté que de désintéressement'. 11 s'agissait d'émettre à Londres des rentes sardes pour un capital de 3.600.000 livres sterlings, et, après une longue correspondance, Gavour et Revel décidèrent de confier l'opération à la banque Hambro, maison danoise « avantageusement connue sur la place » . On résolut de fixer le taux à 85 francs en 5 p. 100, moins élevé que pour l'emprunt intérieur, mais alors que le 5 p. 100 Rothschild était coté à 81.
La maison Hambro avait-elle exagéré ses forces ? l'emprunt n'était-il point assez avantageux pour les preneurs ? la maison Rothschild, mécontente d'être mise à l'écart, chcrcha-t-elle « à écraser l'ancien o p. 100 » pour éloigner du nouveau^? ou encore le Piémont avait-il peu de crédit à Londres où n'étaient point connus ses efforts j)uui' son relèvement ? Bi'cl", renij)runl ne réussit que partiellement et donna 2 200.000 livres seulement. Tout en regrettant « ce fâclieux résultat au j)(>int de vue moral », Gavour sut en tirer un très habile parti ; avec les 60 millions obtenus de suite à Londres, il finit de solder l'indemnité de guerre à l'Autriche, suffit i\
i. Supra, p. 470.
2. Cf. Chiala. Lellere, \, p. 440 et suivatitcs. un grand nombre de lettres à Thaon di ïlevel, d'un vif inlérût technique.
:j. Cavour ii Kevel, 10 septembre 1851. Cpr. à E. de La Rue, 15 juillet; à Casteili, :j oct. I8.il.
toutes les dépenses courantes et imprima une vive activité à la construction des chemins de fer. D'ailleurs le compte de la banque Rothschild était soldé, d'autant plus facilement que celle-ci avait mis du zèle à vendre les titres de rente qu'elle détenait en gage et sur qui elle était en droit de se payer ; suivant l'expression même de Gavour, les finances sardes se trouvaient débarrassées « du joug du grand baron ». A la fin de l'année, la situation du Trésor était telle que l'argent lui venait facilement : il ne va qu'aux riches. Gavour reprit alors, afin de la compléter, l'opération de Londres pour le million de livres sterlings qui n'avait pu être placé, mais il le fit à un taux plus favorable aux finances piémontaises, vendant plus près du pair. Et, comme par surcroît il avait émis pour 20 millions de bons du Trésor, il « nageait dans l'opulence ».
En résumé, le ministre avait obtenu 16.200.000 francs de l'emprunt intérieur, 76.S00.000 à Londres, 20.000.000 en bons du Trésor. La liquidation du passé fut plus facile qu'il n'osait l'espérer, grâce à son crédit rétabli. A son départ du ministère, en avril 1852, il laissait à son successeur, au lieu des « caisses vides ^ » qu'il avait trouvées à son entrée, une jolie disponibilité de 50.750.000 francs, dont 22 millions en caisse, le reste en rentes ou bons disponibles '\ C'était de « bonnes finances », — eût dit le baron Louis, — et seul JM. Thiers fit mieux.
Sans doute, le Trésor était grevé des intérêts afférents aux titres émis ; mais Gavour comptait que la charge en serait aisément supportée grâce à l'heureux effet des traités de commerce et au sage remaniement des impôts. Et c'est à quoi il s'attaqua.